Facebook m’a tuer / Alexandre des ISNARDS et Thomas ZUBER

Couple, amis, famille, travail. Facebook, Google ou Twitter bouleversent notre existence. Au travers de tranches de vies réelles, tantôt drôles, révélatrices ou grinçantes, ce livre dévoile les codes, les normes et les réflexes de la Génération Y. Certains s’y reconnaîtront forcément, d’autres découvriront l’univers désormais quotidien de leurs enfants ou de leurs amis. Portrait d’une époque, c’est aussi un guide de survie en territoire numérique.

Persépolis / Marjane SATRAPI

Il était une fois une jeune dessinatrice iranienne ignorant tout ou presque de la Bande Dessinée, venue à Paris pour illustrer des livres pour enfants. Là, ses camarades d’atelier la persuadèrent de raconter sa vie en BD… Depuis, Marjane Satrapi a fait du chemin et son Persepolis est devenu un best-seller. C’est mérité : cette autobiographie attachante est aussi un formidable portrait de son Iran natal, où se lit l’histoire du pays depuis l’avènement de la révolution islamique de 1979. Entre légèreté et gravité, un regard très personnel et sensible sur l’Iran contemporain

Le second souffle / Philippe POZZO DI BOGGO

« Il est insupportable, vaniteux, orgueilleux, brutal., inconstant, humain. Sans lui, je serais mort de décomposition. Abdel m’a soigné sans discontinuité, comme si j’étais un nourrisson. Attentif au moindre signe, présent pendant toutes mes absences, il m’a délivré quand j’étais prisonnier, protégé quand j’étais faible. Il m’a fait rire quand je craquais. Il est mon diable gardien ».

L’histoire vraie de la rencontre improbable du riche privilégié tétraplégique et du jeune beur de banlieue a inspiré les réalisateurs Olivier Nakache et Eric Toledano pour leur nouveau film Intouchables, avec François Cluzet et Omar Sy.

La dernière conquête du Major Pettigrew / Helen SIMONSON

Scones, confiture d’orange amère, littérature et petite tasse de thé : le dernier joyau de la couronne ! À Edgecombe St. Mary, en plein coeur de la campagne anglaise, une tasse de thé délicatement infusé est un rituel auquel, à l’heure dite, le major Ernest Pettigrew ne saurait déroger pas plus qu’à son sens du devoir et à son extrême courtoisie, aussi désuète que touchante, qui font de lui l’archétype même du gentleman anglais : raffiné, sarcastique et irréprochable. Dans ce petit village pittoresque ou les cottages le disputent aux clématites, le major a depuis trop longtemps délaissé son jardin. Désormais veuf, il a pour seule compagnie ses livres, ses chers Kipling, et quelques amis du club de golf fuyant leurs dames patronnesses. Ce n’est guère son fils, Roger, un jeune londonien ambitieux, qui pourrait le combler de tendresse. Mais, le jour ou le major apprend le décès de son frère Bertie, la présence douce et gracieuse de Mme Ali, veuve elle aussi, va réveiller son cœur engourdi. Tout devrait les séparer, elle, la petite commerçante d’origine pakistanaise, et lui, le major anglais élevé dans le plus pur esprit britannique. Pourtant leur passion pour la littérature et la douleur partagée du deuil sauront les réunir. Ils vont, dès lors, être confrontés aux préjugés mesquins des villageois, ou le racisme ordinaire sévit tout autant dans les soirées privées, sur le parcours de golf, à la chasse, sur les bancs de messe que dans les douillets intérieurs. Et les obstacles seront pour eux d’autant plus nombreux que leurs familles s’en mêlent : Roger s’installe dans un cottage voisin avec Sandy, sa petite amie américaine, et le neveu de Mme Ali, musulman très strict rentré du Pakistan, se découvre un enfant caché… C’est avec beaucoup de charme et d’intelligence que Helen Simonson s’empare du thème des traditions pour montrer combien elles peuvent être à la fois une valeur refuge et un danger. Il se dégage de son roman une atmosphère so british qui enchante. Reste une question : votre tasse de thé, vous le prendrez avec un nuage de lait ou une tranche de citron ?

Celles qui attendent / Fatou DIOME

Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa, clandestins partis pour l’Europe, ne comptaient plus leurs printemps ; chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l’absence. Coumba et Daba, jeunes épouses des deux émigrés, humaient leurs premières roses : assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles s’étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix.
La vie n’attend pas les absents : les amours varient, les secrets de famille affleurent, les petites et les grandes trahisons alimentent la chronique sociale et déterminent la nature des retrouvailles. Le visage qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait…

De tous les livres lus cet été, c’est un de mes préférés. Son écriture pleine de délicatesse et de poésie m’a entraînée dans l’Afrique Noire et sa civilisation, si particulière à mes yeux.

C’est un très beau roman qui donne différents points de vue sur l’Europe et  sa politique d’immigration, le quotidien des clandestins et  l’Afrique. Le roman nous fait vivre le quotidien du village avec son code puis avec le retour de Lamine qui avait émigré en Espagne,  un regard plus critique est porté  sur certaines  traditions qui aggravent la vie des populations.

Mais l’essentiel de ce livre reste la place faite aux femmes. Les femmes de ce roman sont à la fois dominantes et dominées, actrices de leur destin et soumises à la société qui les entoure. Que ce soit Daba, la jeune mariée sans époux, Bougna qui tente d’organiser sa vie et celle des autres… Coumba, amoureuse trahie, ou  Arame qui  se sent si seule au milieu de ses ennuis, toutes sont aussi attachantes et montrent à la fois les faiblesses de la femme africaine et la force de celles qui ne se laissent jamais submerger par les problèmes, de celles qui doivent faire vivre leur famille au quotidien, quelque soit leur situation.

Un roman à lire sans aucune retenue… C.B.

Inyenzi ou les Cafards / Scholastique MUKASONGA

Quiconque visite le Rwanda est saisi par la beauté de son paysage, mais il est aussi effaré par la violence de son histoire postcoloniale. Tout se passe comme si le bien et le mal irrémédiablement inséparables avaient scellé sous ses mille et une collines un pacte d’amitié. Il y a d’un côté les collines ; il y a, de l’autre, le million de crânes qui les jonchent. Mais ce qui prédomine, dans ce récit, c’est le remords des survivants, qui se traduit par les multiples cauchemars de l’auteur. D’où ce désir manifeste de donner aux disparus une digne sépulture de mots à la fois pour apaiser les vivants et sanctifier les morts. Avec Inyenzi, Scholastique Mukasonga a écrit un récit autobiographique précieux, un document qui nous éclaire de l’intérieur sur le Rwanda postcolonial, un livre que je rangerais à côté du Suicide d’une république de Peter Gay : l’un et l’autre nous montrent à partir d’une succession de faits pourquoi le génocide était hélas, trois fois hélas, inévitable.

La femme aux pieds nus / Scholastique MUKASONGA

Cette femme aux pieds nus qui donne le titre à mon livre, c’est ma mère, Stefania. Lorsque nous étions enfants, au Rwanda, mes sœurs et moi, maman nous répétait souvent : Quand je mourrai, surtout recouvrez mon corps avec mon pagne, personne ne doit voir le corps d’une mère. Ma mère a été assassinée, comme tous les Tutsi de Nyamata, en avril 1994 ; je n’ai pu recouvrir son corps, ses restes ont disparu. Ce livre est le linceul dont je n’ai pu parer ma mère. C’est aussi le bonheur déchirant de la faire revivre, elle qui, jusqu’au bout traquée, voulut nous sauver en déjouant pour nous la sanglante terreur du quotidien. C’est, au seuil de l’horrible génocide, son histoire, c’est notre histoire.

Rebelle / Fatou KEïTA

Les meilleurs écrivains sont des explorateurs. Ils s’aventurent à leurs risques et périls, dans des régions inconnues, régions de l’âme ou de la vie sociale. Et nous reviennent avec des reportages qui nous ouvrent les yeux. Les plus utiles, les plus nécessaires des romanciers sont des sortes de journalistes, avec du temps, de l’audace et une indomptable liberté. Fatou Keïta appartient à cette chevalerie de la vérité. Elle va raconter ce que tout le monde préfère taire. Il était une fois Malimouna, fillette africaine. Il était une fois la tradition de l’excision. Malimouna n’est pas docile. Malimouna va refuser de se soumettre au rituel séculaire. La vie qui suivra ne sera pas de tout repos… Avec force et pudeur, avec un grand courage tranquille mêlé d’humour ravageur, Fatou Keïta raconte le destin de cette fierté en marche. Rebelle dresse le portrait d’une de ces Africaines d’aujourd’hui dont chacun sait qu’elles sont le sel et le moteur du continent.

Jusqu’à la grotte de la Luire / Ahmed KALOUAZ

1944. En route pour une partie de pêche, Jules, lycéen de 15 ans, et son cousin Paul réfractaire au STO, sont surpris par un groupe de soldats allemands et séparés dans leur fuite. Jules est recueilli par un employé de la mine, Lucien, qui fait partie de la Résistance. L’adolescent, d’abord caché avec un groupe de réfugiés, rejoindra la maquis du Vercors et les rangs des combattants de la « République Libre »…

Les Kaffars ou l’Algérie des années 80 / Kerroum ACHIR

A travers ce recueil de nouvelles au vitriol, Kerroum Achir évoque l’Algérie des années 80, période qualifiée de décennie noire par les journalistes algériens, à l’origine des années d’horreur qui ont suivi.

« Quelques mètres seulement nous séparent des cuisines. Des odeurs appétissantes de viandes rôties commencent à chatouiller nos narines lorsqu’il apparaît soudain à nos regards surpris. Il nous attendait là, au beau milieu du couloir.

Un Cafard ! Un cafard de belle taille, d’une jolie couleur rousse. L’arrière de son abdomen, à moitié écrasé, le maintient collé au sol…. »