
« Mon père a refermé la bouche en mâchant dans le vide, il s’est
redressé et a regardé sa montre. On était vendredi, je n’avais pas école
le lendemain. Donc je pouvais l’aider. Embarrassé à l’idée de m’imposer
sa vie, il trouve toujours un moyen d’alléger le truc. Là, il a dit :
— Bon alors mon Polo, tu viendé ou pas ce soir ?
Une petite faute de français rigolote pour soulager tout ça, un peu
d’humour pour camoufler le désastre de la soirée. Une soirée qui est sa
vie en fait. J’ai souri, ça détend mon père, et j’ai répondu comme à
chaque fois :
— Je viendé, je viendé…
Je l’aime mon père, mais j’ai du mal à l’admirer. Souvent, quand je le
regarde, il est à quatre pattes, alors forcément, ça manque un peu de
hauteur tout ça… »
Paul, dit Polo, a 13 ans quand commence sa chronique d’une vie
impossible, au milieu d’une famille infernale, où seul l’amour d’un père
apporte un peu de lumière. Mais aimer quand on ne peut pas respecter
est une douleur de plus. Seulement, ce jeune garçon drôle, lucide, que
rien n’abat, a découvert une arme : les mots, et il sait désormais qu’on
peut s’arracher à la fatalité.
Y arrivera-t-il ? C’est une autre histoire. Celle de ce livre, où, sur
un ton virevoltant, marqué par la vivacité, le sens du rythme et de la
formule qui ont fait le succès de Confidences à Allah, Saphia Azzeddine
donne la parole aux laissés-pour-compte de notre société, et raconte
avec une verve irrésistible les drames et les espoirs d’une adolescence.
Un livre plein d’humour et de tendresse entre un père et un fils. Paulo est partagé en permanence entre l’amour des siens et notamment de son père et la honte de son métier. Bons moments garantis. F.P.
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