Les gens heureux lisent et boivent du café / Agnès MARTIN-LUGAND

Martin Lugand les gens

 » Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. […] J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »

Diane a perdu brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son coeur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.

L’histoire de Diane nous fait passer par toutes les émotions. Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique, tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n ‘a d’autre choix que de faire avec.

Décidément je t’assassine / Corinne HOEX

« Ce n’est pas assez que tu sois morte. Il faut vider. Fouiller les tiroirs. Inspecter les étagères. Chaque matin, je me rends dans ta maison. Je reste jusqu’à la nuit. Boîte après boîte, classeur après classeur, je décime le passé. »

L’hôpital. Une femme et sa mère mourante. La douleur de perdre ce qui n’a pas été. L’espoir qu’avant la fin, quelque chose se dise, une parole d’amour. La narratrice, restée seule, cherchera le souvenir de sa mère parmi les vêtements, les photos, toutes ces choses qui demeurent quand la vie est partie.

Un roman sensible sur l’apprentissage du deuil, du manque, de la perte. Un texte dense, dépouillé. Un récit bouleversant.

Berg et Beck / Robert BOBERT

Berg a vingt ans, Beck en a onze. Un jour pourtant ils avaient le même âge. Ils habitaient la même rue, allaient dans la même école. Le matin du 8 juin 1942, ils se sont attendus pour y arriver ensemble. Une étoile jaune cousue sur le côté gauche de leur poitrine. Quelques semaines plus tard, Beck fut arrêté avec ses parents.

Parce qu’on ne parle plus de lui, Beck ne manqua à personne. Et on oublia sa voix et son visage.

En 1952, Berg devient éducateur dans une maison de déportés « avec la tâche insurmontable de leur apporter une consolation » et où pourtant parce qu’il y a le jazz et les Max Brothers, la bicyclette et les cerfs-volants. Il y aura aussi des instants de joie, des moments de vies volées. Et c’est dans ce lieu que Berg retraverse toutes ces années qui l’ont séparé de Beck, trop tôt, trop vite en allé. Il lui écrit des lettres qui, bien sûr, ne sont pas faites pour être lues, mais pour « garder intacts nos onze ans puisque c’est l’âge que tu as gardé » et que « ce n’est pas parce que tu ne répondras pas que l’histoire va devoir se passer de toi ».