Le magasin des suicides / Jean TEULE

Imaginez un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Son slogan : vous avez ratez votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre.

Kiffe kiffe demain / Faïza GUENE

« Le destin ça veut dire que quoi que tu fasses, tu te feras toujours couiller. »
Mektoub (Le destin) est le roman autobiographique de Doria, une lycéenne de 17 ans, vivant seule avec sa mère dans une cité de la banlieue parisienne à Livry Gargan. Il y a quelques mois, son père est rentré au Maroc, l’abandonnant avec sa mère, femme de ménage dans un Formule 1 de Bagnolet.
Mektoub pourrait être un livre désespéré. En relatant un an de la vie de Doria, Faïza Guene dresse au contraire une galerie de portraits pleine d’humour et de poésie. Il y a la mère de Doria, tout d’abord, véritable soleil dans sa vie. Et puis son pote Hamoudi, ex-taulard, prince de la débrouille et poète à ses heures, avec qui Doria discute des heures dans le hall de son immeuble. Mme Burlaud, sa psychologue, « qui met des porte-jarretelles et sent le parapoux mais qui est quand même gentille ». Les assistantes sociales envoyées par la mairie et qui défilent à la maison toujours parfaitement manucurées. Nabil, le nul qui lui donne des cours particuliers et lui vole son premier baiser. Tante Zohra, dont un des fils est envoyé en prison. Ou encore Mohamed, l’épicier escroc à la petite semaine avec qui Doria voulait caser sa mère… mais qui s’est marié sans les inviter. « De toutes façons, maman et moi, on s’en fout de pas faire partie de la jet set », se rassure l’héroïne. Le ton du livre est là, entre humour désespéré et formidables élans de fraîcheur. Doria navigue au milieu de ces personnages comme elle navigue dans sa vie : avec l’innocence de ses 17 ans et l’assurance d’une fille trop intelligente pour ne pas infléchir son destin.

Galadio / Didier DAENINCKX

Allemagne, années trente. Ulrich est un adolescent de Duisbourg comme les autres. À un détail près : sa peau est noire… Son père, un soldat africain, est venu en Allemagne avec les troupes françaises d’occupation chargées de veiller à l’application du traité de Versailles. Il est reparti en 1921, quelques mois avant la naissance de cet enfant, fruit d’un bref amour avec une jeune Allemande. Ils sont des centaines, comme Ulrich, à incarner ce qu’Hitler et les nationalistes ne cesseront de dénoncer, dans l’entre-deux-guerres, comme la « honte noire », symbole de l’avilissement délibéré du sang aryen par les occupants. Leur sort ne sera en général guère plus enviable que celui des Juifs.

Ulrich, pour sa part, va connaître un destin inattendu et mouvementé, et découvrir une autre facette de son identité : Galadio. Comme toujours, Didier Daeninckx se base sur une documentation très fouillée pour éclairer un aspect méconnu de l’histoire du vingtième siècle. Il révèle ici le sort terrible des Allemands métis dans un pays emporté par le délire nazi (en témoigne dans ce roman le récit de la sinistre « rafle des animaux » : toutes les bêtes possédées par des Juifs, et donc « perdues pour l’espèce » — chats, chiens, canaris, tortues de jardin —, sont ramassées pour être exterminées). De Duisbourg aux studios de cinéma de Babelsberg, jusqu’aux rivages du Sénégal où se déroulent les premiers combats entre pétainistes et gaullistes, Ulrich apprend à connaître les hommes.

Rose bonbon, noir goudron / Frank ANDRIAT

Mélanie a quinze ans, et déjà une carapace contre la vie bien solide. Elle vit avec un père chômeur tyrannique, une mère effrayée, effacée. Ils la considèrent avec tellement d’indifférence qu’ils ne lui disent même jamais bonjour ! Une conférence à l’école avec un psychologue va bouleverser la jeune fille. Dans le même temps, elle rencontre Xavier dans le bus…

Le silence de Gabrielle / Sophie AVON

Gabrielle ne parle plus. « Je brûlerai ce cahier le jour où j’aurai décidé de reprendre la parole », écrit-elle.

Entre son père et elle, un long silence s’est appesanti, habité par le souvenir de la mère disparue. Contre cette enfermement volontaire, d’une adolescente de province, les médecins ne sont d’aucun secours. Son père, enfin, se décidera à lui écrire : « Comme tu ne me confies rien, c’est moi qui vais faire le premier pas… »

Dans le journal de Gabrielle aussi bien que dans les lettres du père, l’amour rôde, à tâtons, et se heurte sans cesse à l’épaisseur du silence.

Tabou / Frank ANDRIAT

Loïc est mort. Loïc s’est suicidé parce qu’il n’acceptait pas son homosexualité. Dans sa classe, c’est la conster­nation. Personne ne se doutait de rien. Sauf Philippe à qui Loïc a parlé quelques jours avant de se pendre, à qui Loïc a fait promettre de ne pas dévoiler son secret.

Tabou. Il y a des sujets qu’on hésite à aborder. Parce que c’est plus facile. Plus lâche aussi, mais ça, on préfère l’oublier. Tabou. Quand on est différent, c’est difficile, mais c’est aussi tellement riche. Loïc s’est tu et il est mort. Aurait-il pu tendre la main vers les autres, aurait-il pu apprendre à s’aimer ? Ses amis, stupéfiés par ce geste, s’interrogent.

Le journal de Jamila / Frank ANDRIAT

Jamila est coupée en deux : sa peau, ses yeux, ses cheveux sont du Maroc, mais c’est à Bruxelles qu’elle vit, qu’elle étudie, et que son cœur bat.

Impossible de partager sa difficulté d’être avec ses parents. Son seul confident est son journal intime. Jamila lui dévoile ses peines, ses joies, ses conflits avec son père, son envie de sortir; elle lui raconte aussi les regards qu’elle doit subir parce qu’aux yeux de certains, elle reste une étrangère… Qui est-elle vraiment?

Le jeu du pendu / Aline KINER

Un paysage tranquille de Lorraine, à l’abri du ciel et du vent. Mais l’impression est trompeuse. Les blessures de la guerre, les vieilles haines et la mine y ont creusé bien des failles. C’est dans l’une d’elles qu’un matin d’hiver, le cadavre d’une jeune fille est retrouvé, une corde savamment nouée autour du corps.

Le lendemain, on découvre un curieux assemblage de brindilles dans le cimetière du village, à l’endroit même où, en 1944, au lendemain de la Libération, un homme a été pendu. Simon Dreemer, tout juste muté au SRPJ de Metz, et le lieutenant Jeanne Modover, une enfant du pays, devront sonder les âmes et les souvenirs des « gueules jaunes », ces anciens des mines de fer malmenés par l’Histoire. Lesquels des fantômes de la guerre ou de la mine sont revenus pour sacrifier des adolescentes ?

Une étoile aux cheveux noirs / Ahmed KALOUAZ

Aux portes de l’automne, un homme entreprend un lent voyage à mobylette à travers la France, d’un port de Bretagne jusqu’à Grenoble. Au bout de la route, sa mère. Sera-t-elle là pour lui ouvrir la porte ? Descendue d’un bateau à Marseille dans les années cinquante, une valise à la main et de l’autre un enfant, elle va subir à 84 ans un dernier déracinement. L’appartement dans lequel elle vit depuis quarante ans, au huitième étage d’une cité doit être rasé, et tous ses souvenirs emportés dans des cartons.

Le long de ces mille kilomètres, le fils remonte le cours de l’histoire de sa mère. l’enfance confisquée, les premiers taudis lors de l’arrivée en France, le racisme mais aussi les parfums épicés de sa cuisine, l’amour porté à ses quatorze enfants.

A cette mère illettrée, dépossédée dès l’enfance de son destin, Ahmed Kalouaz écrit une lettre bouleversante et pudique.