Ma robe n’est pas froissée / Corinne HOEX

La Mer du Nord. Une villa à colombages. Des dunes. Une femme. En trois actes, nous assistons au récit d’une dévastation, à la manipulation d’un père, d’une mère, d’un fiancé qui enferment la narratrice dans un piège de violence.

Un texte dérangeant, une écriture âpre, des portraits au scalpel mis au service d’une démonstration implacable, accusant l’entreprise de négation d’un être.

Les témoins de la mariée / Didier Van CAUWELAERT

Une histoire très originale ponctuée de rebondissements : un homme meurt alors que sa future femme chinoise est dans l’avion. Sa bande d’amis doivent l’accueillir ; alors qu’ils viennent de découvrir son existence.

Le lecteur va de surprise en surprise au milieu des personnages jouant un rôle pour préserver l’Autre.

Un beau livre sur la puissance de l’amitié mais d’une manière plus large des bons sentiments. Un livre plein de sensibilité et d’humour aussi.

Je dois tout à ton oubli / Malika MOKEDDEM

« La main de la mère qui saisit un oreiller blanc et l’applique sur le visage du nourrisson? » Cette scène d’une violence absolue obsède la narratrice, le docteur Selma Moufid, sans qu’elle comprenne si c’est un fantasme ou si cela a eu lieu. Cette image occultée depuis l’enfance va entraîner Selma dans son désert natal et lui faire revivre des moments qu’elle voulait oublier. C’est avant tout la relation à sa mère que ce roman met en question. Il s’agit de combattre de vieux fantômes et de comprendre pourquoi la culpabilité a inhibé le souvenir pendant tant d’années. Selma raconte les voyages qu’elle a entrepris pour enfin parler avec sa mère, pour tenter de briser le silence. Cette confrontation la renvoie à une réalité cruelle : si sa génitrice n’est qu’une pâle figure de Médée, d’autres femmes l’ont précédée dans ce rôle qu’elles s’évertuent à perpétrer pour ne pas enfreindre les tabous qui les ligotent? Un roman très fort de Malika Mokeddem où, pour la première fois, elle analyse la relation avec sa mère dont elle fait un ressort romanesque extrêmement émouvant.

Là où j’irai / Gayle FORMAN

Adam est une rock star adulée dont la réputation sulfureuse attire les paparazzi. Un jour de dérive à New York, il tombe en arrêt devant des yeux noirs sur une affiche. Les yeux de Mia, son ancienne petite amie. Devenue une violoncelliste virtuose, la jeune fille donne ce soir un concert au Carnegie Hall. Trois ans plus tôt, Mia est partie sans un au revoir, sans une explication. Leurs retrouvailles sont un choc les souvenirs bons et mauvais resurgissent, les sentiments encore à vif les submergent, leur amour qu’ils pensaient indestructible se heurte à la réalité de leurs vies. Peut-on revivre une passion, malgré les cicatrices du passé ? La musique emporte Mia et Adam dans un tourbillon d’émotions. Est-ce suffisant pour les réunir de nouveau ? Là où j’irai nous entraîne dans une belle histoire d’amour et une course-poursuite poétique au sein d’un New York méconnu.

Boumkoeur / Rachid DJAÏDANI

Rachid Djaïdani a 25 ans et signe ici son premier roman. Le narrateur, Yasad, âgé de 21 ans, raconte la vie de sa cité, ses anecdotes, ses événements, ses drames. Délaissant l’image d’un univers de violence et de misère caricaturée par les médias, l’auteur tente de dresser un portrait plus nuancé des habitants de la cité. Avec justesse, entre ironie et tristesse, Rachid Djaïdani se fait le témoin d’une jeunesse dont on a brûlé les ailes, qui a perdu ses repères et cherche à en créer d’autres, et écrit un « roman proche d’une authenticité qui n’appartient qu’à ceux qui naissent dans un bunker »

Décidément je t’assassine / Corinne HOEX

« Ce n’est pas assez que tu sois morte. Il faut vider. Fouiller les tiroirs. Inspecter les étagères. Chaque matin, je me rends dans ta maison. Je reste jusqu’à la nuit. Boîte après boîte, classeur après classeur, je décime le passé. »

L’hôpital. Une femme et sa mère mourante. La douleur de perdre ce qui n’a pas été. L’espoir qu’avant la fin, quelque chose se dise, une parole d’amour. La narratrice, restée seule, cherchera le souvenir de sa mère parmi les vêtements, les photos, toutes ces choses qui demeurent quand la vie est partie.

Un roman sensible sur l’apprentissage du deuil, du manque, de la perte. Un texte dense, dépouillé. Un récit bouleversant.

Inyenzi ou les Cafards / Scholastique MUKASONGA

Quiconque visite le Rwanda est saisi par la beauté de son paysage, mais il est aussi effaré par la violence de son histoire postcoloniale. Tout se passe comme si le bien et le mal irrémédiablement inséparables avaient scellé sous ses mille et une collines un pacte d’amitié. Il y a d’un côté les collines ; il y a, de l’autre, le million de crânes qui les jonchent. Mais ce qui prédomine, dans ce récit, c’est le remords des survivants, qui se traduit par les multiples cauchemars de l’auteur. D’où ce désir manifeste de donner aux disparus une digne sépulture de mots à la fois pour apaiser les vivants et sanctifier les morts. Avec Inyenzi, Scholastique Mukasonga a écrit un récit autobiographique précieux, un document qui nous éclaire de l’intérieur sur le Rwanda postcolonial, un livre que je rangerais à côté du Suicide d’une république de Peter Gay : l’un et l’autre nous montrent à partir d’une succession de faits pourquoi le génocide était hélas, trois fois hélas, inévitable.

La femme aux pieds nus / Scholastique MUKASONGA

Cette femme aux pieds nus qui donne le titre à mon livre, c’est ma mère, Stefania. Lorsque nous étions enfants, au Rwanda, mes sœurs et moi, maman nous répétait souvent : Quand je mourrai, surtout recouvrez mon corps avec mon pagne, personne ne doit voir le corps d’une mère. Ma mère a été assassinée, comme tous les Tutsi de Nyamata, en avril 1994 ; je n’ai pu recouvrir son corps, ses restes ont disparu. Ce livre est le linceul dont je n’ai pu parer ma mère. C’est aussi le bonheur déchirant de la faire revivre, elle qui, jusqu’au bout traquée, voulut nous sauver en déjouant pour nous la sanglante terreur du quotidien. C’est, au seuil de l’horrible génocide, son histoire, c’est notre histoire.

Maïté Coiffure / Marie Aude MURAIL

Louis Feyrières doit faire un stage d’une semaine, comme tous les élèves de troisième. Où ? Il n’en sait rien. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’aime pas l’école et qu’il ne se sent bon à rien. « J’ai ma coiffeuse qui prend des apprentis, dit Bonne-Maman, lors d’un repas de famille. Stagiaire, c’est presque pareil. » Coiffeur ? C’est pour les ratés, les analphabètes, décrète M. Feyrières qui, lui, est chirurgien. Louis se tait. Souvent. Mais il observe. Tout le temps. Comme il n’a rien trouvé d’autre, il entre comme stagiaire chez Maïté Coiffure. Et le voilà qui se découvre ponctuel, travailleur, entreprenant, doué ! L’atmosphère de fièvre joyeuse, les conversations avec les clientes, les odeurs des laques et des colorants, le carillon de la porte, les petits soucis et les grands drames de Mme Maïté, Fifi, Clara et Garance, tout l’attire au salon. Il s’y sent bien, chez lui. Dès le deuxième jour, Louis sait qu’il aura envie de rester plus d’une semaine chez Maïté Coiffure. Même si son père s’y oppose.

Baby sitter blues / Marie Aude MURAIL

Avec cent francs d’argent de poche par mois, Émilien sent qu’il va avoir du mal à acheter le magnétoscope de ses rêves. Il faut qu’il trouve un job. Celui de baby-sitter lui semble promettre une belle carrière : il va révolutionner la technique du baby-sitting et devenir le « Rambo des nurseries »! Pétillant de drôlerie, « Baby-sitter blues » est le livre à s’offrir ou à se faire offrir en cas de déprime passagère, histoire de découvrir l’ironie, version tendresse !