Les bébés de la consigne automatique / Ryû MURAKAM

Qui suis-je ? Pourquoi m’avoir abandonné ? En quoi cet abandon a changé ma vie ? Comment être compris par les autres ? Comment être comme  tout le monde ? Toutes ces questions Hashi et Kiku se les posent … tous les jours. Tous les jours, chacun essaie de se construire et de faire comme si on pouvait mener, malgré tout, une vie normale. Bien vite, les deux héros comprendront que c’est impossible : chacun, à sa manière, va chercher la vérité sur lui-même, sa Vérité. Ce chemin les éloignera l’un de l’autre sans jamais les séparer vraiment. Ce chemin, semé d’embûches, les conduit, parallèlement, à un voyage vers Tokyo et à un voyage intérieur.

Ryû Murakami sait tenir son lecteur, sur plus de 500 pages, avec la même force, avec la même violence, mais aussi avec la même poésie. Figure de proue de la littérature japonaise, l’auteur, à travers ce livre honore son statut et immerge le lecteur dans cette épopée aussi cruelle qu’esthétique. F.P.

La ballade de Lila K / Blandine LE CALLET

Tout commence comme un fait divers sordide : des hommes s’introduisent dans une maison et enlèvent une mère de famille. Mais au fil des pages, c’est une autre histoire que Blandine Le Callet raconte : celle de Lila, enfant sans parent, confiée au Centre qui contrôle à outrance sa vie. Tout est fait pour qu’elle ne retrouve pas cette mère idéalisée et aimée. Pourtant, dans cette descente aux Enfers, deux êtres merveilleux, deux hommes illuminent sa vie et la conduisent secrètement sur le chemin de la vérité. Ce roman beau, fort, cruel et surtout inclassable mélange avec subtilité plusieurs influences, il aborde aussi une forme de dictature à la Orwell. Sa principale force porte sur Lila, personnage frêle, du moins le croit-on, et qui n’aura de cesse de se construire, de retrouver sa famille et son identité.

Celles qui attendent / Fatou DIOME

Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa, clandestins partis pour l’Europe, ne comptaient plus leurs printemps ; chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l’absence. Coumba et Daba, jeunes épouses des deux émigrés, humaient leurs premières roses : assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles s’étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix.
La vie n’attend pas les absents : les amours varient, les secrets de famille affleurent, les petites et les grandes trahisons alimentent la chronique sociale et déterminent la nature des retrouvailles. Le visage qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait…

De tous les livres lus cet été, c’est un de mes préférés. Son écriture pleine de délicatesse et de poésie m’a entraînée dans l’Afrique Noire et sa civilisation, si particulière à mes yeux.

C’est un très beau roman qui donne différents points de vue sur l’Europe et  sa politique d’immigration, le quotidien des clandestins et  l’Afrique. Le roman nous fait vivre le quotidien du village avec son code puis avec le retour de Lamine qui avait émigré en Espagne,  un regard plus critique est porté  sur certaines  traditions qui aggravent la vie des populations.

Mais l’essentiel de ce livre reste la place faite aux femmes. Les femmes de ce roman sont à la fois dominantes et dominées, actrices de leur destin et soumises à la société qui les entoure. Que ce soit Daba, la jeune mariée sans époux, Bougna qui tente d’organiser sa vie et celle des autres… Coumba, amoureuse trahie, ou  Arame qui  se sent si seule au milieu de ses ennuis, toutes sont aussi attachantes et montrent à la fois les faiblesses de la femme africaine et la force de celles qui ne se laissent jamais submerger par les problèmes, de celles qui doivent faire vivre leur famille au quotidien, quelque soit leur situation.

Un roman à lire sans aucune retenue… C.B.

Les témoins de la mariée / Didier Van CAUWELAERT

Une histoire très originale ponctuée de rebondissements : un homme meurt alors que sa future femme chinoise est dans l’avion. Sa bande d’amis doivent l’accueillir ; alors qu’ils viennent de découvrir son existence.

Le lecteur va de surprise en surprise au milieu des personnages jouant un rôle pour préserver l’Autre.

Un beau livre sur la puissance de l’amitié mais d’une manière plus large des bons sentiments. Un livre plein de sensibilité et d’humour aussi.

Le chat qui venait du ciel / Hiraide TAKASHI

Voilà un roman écrit comme un poème alliant la finesse de l’écriture , la beauté des paysages, le plaisir de la contemplation et une poésie du quotidien.

L’histoire peut sembler très banale : un couple loue une maison. Ils sont sans enfants, très attachés à ce quartier-bijou. Régulièrement un chat leur rend visite et s’introduit dans leur vie. Mais la propriétaire doit mettre fin à leur location ; ils doivent partir.

Ce livre est un éloge à la lenteur, à la beauté. La sensibilité et l’attachement aux êtres sont essentielles et définissent l’Être humain. Ce livre est une bulle de bien-être ; le lecteur s’évade malgré lui dans une autre culture, dans d’autres paysages et surtout dans d’autres valeurs. On retrouve une certaine philosophie japonaise où la contemplation n’est jamais une perte de temps mais au contraire un enrichissement précieux. F.P.

Le poète / Mickaël CONNELY

Des meurtres sont régulièrement commis et accompagnés à chaque fois de quelques vers d’Edgar Allan Poe. Le meurtrier a un plaisir sadique non seulement à tuer mais surtout à se jouer des forces de l’ordre. Alors qu’un puzzle semble se dessiner, l’enquête est sans cesse relancée.

Le suspens y est intense. Il est impossible d’arrêter de lire, le lecteur est jeté dans cette enquête qui devient l’abyme du mal. Moi qui n’avais jamais lu ce grand auteur américain, j’ai été subjuguée par une écriture dense et efficace et par cette histoire haletante. Captivant ! F.P.

La joconde noire / Elvire MAUROUARD

Cette auteur haïtienne, docteur es Lettres a su peindre dans ce roman le visage d’un esclavage plus méconnu : un esclavage sexuel pervers et dissimulé. Un négrier : Legrand Pisquette pense être le maître de la vie de chacun, le droit de cuissage lui semble être évidemment un droit naturel ; espionner sa fille avec cette fille noire aussi.

On pourrait penser qu’il s’agit d’un roman de gare, vaguement érotique, en réalité la langue y est sublime, les références littéraires, notamment du XVIIIème, subtiles et pertinentes. C’est un livre qui érige la dignité comme un principe fondamental. Elvire Maurouard cultive comme Sade une certaine ambiguïté : décrire pour dénoncer, faire naître le plaisir pour mieux relever l’ignominie. Le lecteur est confronté à un dépaysement spatio-temporel troublant. Il est tenu par un rythme soutenu, embarqué par des destins denses. C’est juste un grand livre.

TRILOGIE HUNGER GAMES Suzanne COLLINS

Aussi étrange que cela puisse être pour un coup de cœur mais la tentation a été grande d’arrêter la lecture au bout de quelques pages tant l’univers décrit est insupportable, sordide. Le lecteur est projeté dans un monde proche des camps de concentration, des Jeux Romains, même.

Pourtant, presque malgré soi, le lecteur est suspendu à chaque ligne, tant la destinée des personnages est passionnante.

Dans ce pays imaginaire fait de 13 districts et du Capitole, des Jeux, les Hunger Games sont organisés. Dans chaque district, des personnes sont contraintes d’y participer ; elles sont mises à mort en direct à la TV. Le Capitole peut ainsi exercer son pouvoir par la terreur. Kadniss Everdeen du district 12 devient rapidement le Geai Moqueur, symbole de la rébellion. Elle gagne les Jeux mais ne s’en contente pas. Elle veut renverser le Capitole et tuer le président Snow.

Au- delà de cet univers captivant, les personnages sont prêts à mourir pour des valeurs salutaires et nobles : la Liberté, la Justice, la Solidarité. Et finalement, cette trilogie est un plébiscite non seulement des valeurs morales mais aussi des valeurs républicaines.

Stephen King a raison de dire à propos de cette œuvre : « Impossible de lâcher ce livre, c’est comme si votre vie en dépendait ».    

LA COULEUR DES SENTIMENTS de Kathryn Stockett

Chez les blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants. On est en 1962 et les lois raciales sont toujours en vigueur. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. Sa meilleure amie, Minnie vient de se faire renvoyer. Elle devra peut-être trouver du travail dans un autre Etat comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée.

Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s’obstine à découvrir pourquoi Constantine qui l’a  élevée avec amour pendant 22 ans est partie sans même laisser un mot.

Cette jeune bourgeoise blanche deviendra la confidente, voire l’amie des trois bonnes noires. Poussées par une profonde envie de changer les choses, de sortir l’Amérique de son hypocrisie et de son intolérance, elles ressentent parfois la peur.

Ce livre est magnifique par ses portraits surprenants de réalisme, par la bonté qu’il se dégage de ces femmes qui surmontent leurs craintes et leurs doutes pour un monde meilleur. La solidarité et l’humanité prennent ici toutes leurs lettres de noblesse. C’est un livre prenant et attachant, un des meilleurs que j’ai lu depuis plusieurs années. Si le film vient de sortir, le livre réveillera vraiment en vous de belles émotions.