Les journaux intimes d’une mère,
d’un père et de leur fille de 17 ans s’entrecroisent pour nous raconter
les racines d’un embrigadement.
« Clinique de l’Abbaye, Viry-Châtillon, le 15 octobre 2014
Seize années d’amour, de tendresse,
d’écoute, d’enseignement, d’erreurs aussi sans doute, mais toujours
cette volonté d’être là et de faire au mieux, et au final, ce grand
vide, ce silence abyssal ? Je n’imaginais pas qu’on puisse être
abandonné par son enfant. C’est pourtant ce que ma fille a fait. Oui,
elle nous a abandonnés, sa mère et moi, et depuis quinze jours, nous
voilà errants, orphelins d’elle, aux confins de la folie. Eléa n’avait
pas dix-sept ans.
Juvisy-sur-Orge, le 17 novembre 2015
Ce qui me tuera, c’est la honte.
C’est de voir et d’entendre partout des gens communier, et t’imaginer
toi, te réjouissant de ce grand chagrin national. Comment assumer une
honte pareille ? Pour une mère que je suis, c’est impossible. Je m’en
vais donc, ma chérie. Je pars rejoindre ce pays du Levant qui compte
l’Irak et la Syrie.
ET JE TE SAUVERAI, TOI. «