Les premières lignes proposées pour
le concours avaient été prises dans le recueil de nouvelles de Marie
Christine Bernard. Il s’intitule Sombre peuple et est édité par les éditions Hurtubise. La nouvelle porte le titre suivant : Mots croisés
Voici les deux textes imaginés par nos classes.
Récit des 2 Bac pro esthétique.
Les voisins que tout opposait
Ils ne se voyaient que dans la cage d’escalier. Au moins une fois par jour. Le plus souvent, deux.
Le matin, il sortait sur le palier pour saisir son exemplaire du
Devoir et il entendait sa voix mielleuse – celle qu’elle ne destinait
qu’à son sale cabot, un vieux chihuahua borgne qui sentait la viande un
peu trop faisandée.
– Viens-t-en, mon Totoche, monte les marches, c’est ça. Beau ti-chien.
Il recevait l’odeur du chien bien avant de les apercevoir, tous
deux peinant également sur les marches étroites. Bon sang, qu’il puait.
Vraiment. Une charogne. Dès qu’ils arrivaient à portée de truffe, la
bête avisait de son œil unique l’homme penché sur le paillasson et
partait la machine. Il lançait d’abord un long grognement sourd, qu’on
eût dit venir bien plus du ventre d’un monstre de film japonais que de
celui d’un chihuahua. Il fallait avouer tout de même qu’il avait du
coffre, ce cabot. Puis arborant un rictus ridicule, mais dont le but
était d’effrayer son ennemi, il se mettait à aboyer avec une haine convaincue.
Le lendemain, ne supportant plus ce sale chien, il mit au point
un plan pour l’exterminer. Le soir même, surveillant la voisine,
naïvement, depuis sa porte, il attendit qu’elle aille chercher son
courrier pour pénétrer dans son appartement. Le moment venu, il courut
chez Madame Cabotte, ouvrit la première porte, et, dans sa foulée, se
heurta violemment contre la baie vitrée. Le chien, réveillé par
surprise, redressa la tête, vit l’homme allongé par terre et fit son
rictus ridicule.
A moitié assommé, monsieur Henri rampa péniblement jusqu’à son
appartement, observé par Mme Cabotte qui se demandait bien ce qui lui
était arrivé. Déçu de son échec de la veille, il décida de refaire une
tentative…
Le matin suivant, quand la vieille Cabotte sortit ses poubelles, il
en profita pour retourner dans l’appartement, vérifia que personne ne le
voit, et pénétra dans la pièce.
Entendant, la vieille remonter, Monsieur Henri se précipita et glissa
sur ce chihuahua horriblement laid et puant. Celui-ci poussa un
aboiement effroyable qui résonna dans tout l’immeuble et jusque dans les
oreilles de sa vieille maîtresse.
Elle hurla : « MAIS QU’EST-CE QUI T’ARRIVE MON PETIT TOTOCHE ! MAMAN REVIENT ! »
Elle se dépêcha de remonter. A peine arrivée en haut des escaliers
qu’elle glissa sur l’urine de son Totoche. Elle se cassa une jambe.
N’arrivant pas à se relever, elle hurla à l’aide. M. Henri qui était
chez lui, entendit les hurlements de la vieille. Il sortit et aperçut
Mme Cabotte par terre au milieu des escaliers. Il appela les secours.
En partant pour les urgences, le chihuahua aboya longuement et sa
maîtresse lui dit : »Ne t’inquiète pas mon Totoche, Maman va se
soigner. »
M. Henri devait garder cette horreur jusqu’au retour de sa vieille
maîtresse. Deux jours après, en allant promener Totoche, il passa devant
l’appartement de Mme Cabotte où il aperçut des déménageurs. Le chien
poussa un énorme cri et se dirigea vers eux. Monsieur Henri demanda à
ces hommes ce qu’ils faisaient. L’hôpital où se trouvait Mme Cabotte a
pris la décision de la placer en maison de retraite.
M. Henri va désormais devoir vivre avec Totoche malgré leurs débuts difficiles. Après un bon shampoing, ils deviendront amis et rendront visite à Mme Cabotte toutes les semaines. M. Henri s’occupa du chihuahua mieux que personne et fit de Totoche un magnifique chien
Récit des 1 CAP Coiffure
La tumultueuse aventure de Totoche
Ils ne se voyaient que dans la cage d’escalier. Au moins une fois par jour. Le plus souvent, deux.
Le matin, il sortait sur le palier pour saisir son exemplaire du
Devoir et il entendait sa voix mielleuse – celle qu’elle ne destinait
qu’à son sale cabot, un vieux chihuahua borgne qui sentait la viande un
peu trop faisandée.
– Viens-t-en, mon Totoche, monte les marches, c’est ça. Beau ti-chien.
Il recevait l’odeur du chien bien avant de les apercevoir, tous
deux peinant également sur les marches étroites. Bon sang, qu’il puait.
Vraiment. Une charogne. Dès qu’ils arrivaient à portée de truffe, la
bête avisait de son œil unique l’homme penché sur le paillasson et
partait la machine. Il lançait d’abord un long grognement sourd, qu’on
eût dit venir bien plus du ventre d’un monstre de film japonais que de
celui d’un chihuahua. Il fallait avouer tout de même qu’il avait du
coffre, ce cabot. Puis arborant un rictus ridicule, mais dont le but
était d’effrayer son ennemi, il se mettait à aboyer avec une haine
convaincue.
A vrai dire, dès l’arrivée du jeune homme dans ce building du 15 ème
arrondissement de Paris, rien ne s’était passé comme prévu avec sa
vieille voisine. Personne ne l’appréciait, elle était grosse, comparable
à un ballon de baudruche prêt à exploser à la moindre occasion. Ses
cheveux poivre et sel étaient la plupart du temps très gras ; à croire
qu’elle était sponsorisée par Végétaline. Ne sachant pas accorder
les couleurs, on la croyait tout droit sortie d’un cirque. De plus son
horrible clébard ne se gênait pas pour se dépoiler sur ses vêtements
miteux. Voilà pourquoi cette octogénaire ne fut jamais accompagnée par
un homme : qui voudrait d’une vieille folle, sale et méchante, toujours
suivie par son fidèle compagnon ?
Quant au jeune homme, son voisin, c’était tout le contraire. Il était
beau, grand, brun, avec des yeux bleus… des yeux qui en disaient long,
probablement charmeur. Il était fort discret, légèrement timide mais
tellement agréable à regarder comme à écouter. Il vivait seul dans son
appartement. C’était un jeune homme qui s’entendait avec tout le monde.
Il était toujours vêtu de son costume digne d’un homme d’affaires. Sa
voisine le détestait tellement que quand elle croisait d’autres
voisins, elle leur disait : « mon voisin a encore ramené une nouvelle
conquête cette nuit. Ils sont tellement bruyants qu’ils font peur à mon
Totoche. » Cette femme était le diable incarné. On aurait dit qu’elle
était née pour pourrir la vie de ce jeune homme.
Le lendemain, comme tous les jours, le jeune homme sortit pour
ramasser son journal et comme tous les jours, il sentit l’odeur de ce
vieux sac à puces. Mais cette fois, c’était la fois de trop : il décida
de frapper à la porte de la vieille femme et déballa toute sa haine
envers le clébard :
« Aujourd’hui, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
L’odeur est insupportable, votre chien asphyxie tout l’immeuble. Soit
vous le lavez dans la semaine, soit c’est moi qui m’en occupe et vous
allez le regretter ! Au revoir ! »
Il claqua la porte et s’en alla très énervé.
L’horrible bonne femme se sentit vexée par les propos de son voisin
qu’elle ne supportait plus. Elle décida de ne pas se laisser faire et
retourna avec Totoche se confronter au jeune homme. Elle ne prit pas la
peine de toquer à sa porte et pénétra directement dans son appartement
en hurlant : » pauvre fou ! Vous vous croyez malin de vous en prendre
ainsi à un vieux chien sans défense ? Tenez mon bébé, je vous le confie
et si il ressort de chez vous avec la moindre marque, je porte plainte
! »
Elle mit le chien dans les mains de son voisin qui fit une tête de
déterré car il ne s’attendait pas à cette réaction de la part de sa
voisine. L’odeur nauséabonde du chien empesta rapidement tout
l’appartement. Très vite, il prit son courage à deux mains et jeta le
chien dans la baignoire. le cabot ne cessa d’aboyer tout le long de son
nettoyage.
Une bouteille de shampoing plus tard, le chien semblait plus heureux
que jamais. le jeune homme le sécha et lui mit un peu de son parfum. Il
le ramena à sa maîtresse. Elle ouvrit la porte, en voyant son chien
sautant de joie et tortillant la queue comme un petit chiot, une larme
coula le long de sa joue. Sa surprise et sa joie étaient si immenses
qu’elle prit le jeune homme dans ses bras. Il se sentit surpris puis
fier de sa bonne action ; avoir redonné le sourire à cette vieille femme
…
Elle l’invita à boire un café ; il accepta et se mirent à discuter
ensemble. Étonnamment, ces deux personnes que tout opposait, se
découvrirent des points communs. ils décidèrent d’oublier le passé et de
commencer une bonne entente.