C’est lundi 13 janvier (2014) que les résultats ont été annoncés aux deux classes qui avaient participé au concours d’écriture de nouvelles.
A partir d’une photographie, les élèves devaient écrire une nouvelle
(1 à 5 pages). L’écriture s’est déroulée de fin novembre à mi-décembre.
Les élèves ont fait preuve d’une grande imagination et nous ont donné
des récits très variés et d’une belle qualité d’écriture. Toutes les
concurrentes peuvent être félicitées pour le travail rendu.
Après délibération du jury, trois nouvelles ont été choisies :
- Premier Prix (chèque cadeau de 40 euros à la librairie Plein Ciel )- Déchéance écrite par Chloé CHENDO (2 bac pro esthétique)
- Deuxième Prix (chèque cadeau de 25 euros à la librairie Plein Ciel) – Un café à la gare écrite par Eléa BORTOT (2bac pro esthétique)
- Troisième Prix (chèque cadeau de 15 euros à la librairie Plein Ciel) – Une vie gâchée écrite par Muriel REIGNIER (1 cap coiffure)
C’est autour d’un goûter que cette remise de prix s’est terminée dans la bonne humeur.
Premier Prix – Déchéance.
M. Douglas
vivait dans la richesse et la fierté. Il n’avait jamais été dans le
besoin à l’instar des sans-abris qui venaient prendre refuge dans les
nombreux foyers d’accueil dont sa femme et lui étaient
propriétaires.Étant donné le grand nombre de vagabonds logés dans ces
bâtiments, les bénéfices pour M. Douglas étaient énormes. Ne pensez pas
que ce qui lui importait était le bien-être de ces pauvres gens. Cet
homme ne pensait qu’à l’argent que lui reversait l’État, et aux trésors
qu’il s’offrait grâce à sa fortune. En tant que propriétaire des locaux,
il n’avait presque aucune tâche à effectuer, seulement à s’assurer que
le ménage soit fait et que les factures d’eau et d’électricité soient
payées. Il avait donc une vie facile. malheureusement, une contrainte
s’imposait à lui : tous les mois, il devait se rendre dans un des
foyers, en affichant un sourire qui se voulait réconfortant, et saluer
les SDF qui cherchaient de l’aide auprès des employés de l’association.
Étant quelqu’un de froid et de distant, il lui était donc difficile de
se montrer aimable face à toutes ces personnes qui ne lui arriveraient
jamais à la cheville. Qu’est ce qu’il en avait à faire de tous ces
pauvres ? Rien du tout ! Il voulait simplement être riche et en
profiter. Mais comme chaque mois, il arborait un rictus figé et peu
naturel, qui suffisait amplement. Mais lors de ces visites habituelles,
il commit une erreur qui le changera à jamais.
C’était au foyer La Marguerite,
qu’il avait acquis, il y a cinq ans de cela. Le seuil de pauvreté que
rencontrait ce lieu était incroyable, et rendait ce foyer très populaire
parmi les sans-abris en quête d’un repas chaud. M. Douglas quant à lui,
détestait cet endroit, car la vue de toute cette misère le rendait
malade. Il poussa cependant la porte de l’établissement ce jour-là, déjà
prêt à recevoir des dizaines de regards envieux et admiratifs. Il salua
une à une chaque personne qui se présentait devant lui, toujours avec
ce sourire hypocrite. Les choses se passèrent ainsi pendant plus de
vingt minutes, jusqu’au moment où un homme, vêtu d’un simple bermuda et
d’une veste en jean rapiécée de toutes parts s’avança timidement vers le
riche propriétaire.
« Bonjour !
Comme je suis heureux de vous voir Monsieur ! Si vous saviez, cela fait
au moins une semaine que l’on ne parle que de votre venue ! déclara
joyeusement le réfugié.
– Bien le bonjour à vous également, se contenta de répondre M. Douglas.
-Dites, euh…
Je me demandais si vous n’auriez pas une petite pièce, rien que
quelques centimes ? demanda courageusement le pauvre homme.
-Je m’excuse cher monsieur mais je n’ai rien sur moi, je suis navré, dit son interlocuteur. »
Et c’est sur
ces mots que M. Douglas détourna son attention aux autres victimes de
la pauvreté. Le vieil homme n’était pourtant pas dupe, et il savait bien
que le porte-feuille du propriétaire était plein à craquer. Il s’isola
alors dans un coin, et maudit le riche homme de ces mots : « Que
l’horreur de mon quotidien devienne votre vie à jamais… Je vous maudis,
très cher M. Douglas. » Celui-ci de son côté ne se soucia plus du pauvre
homme pour le reste de la visite, et ne passa pas plus de temps que
nécessaire au foyer d’accueil. Une fois débarrassé de ce sourire
ridicule, il s’installa au volant de son véhicule hors de prix et rentra
directement chez lui. Il n’éprouvait aucun regret face à son geste
envers le sans-abri, et ce fut dans une sérénité absolue qu’il se
coucha, la nuit venue.
La lumière
du soleil matinal vint éclairer le visage du fortuné M. Douglas, qui
s’éveilla avec une impression étrange. En effet, il ne se sentait pas du
tout confortable dans ses vêtements, et il ne se rappelait pas s’être
endormi assis. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il poussa un cri de surprise
en découvrant sa situation. Adossé à un mur de béton froid et rugueux,
et couvert d’un journal en guise de couverture, M. Douglas, riche à
millions il y avait quelques heures, se retrouvait à la place d’un
sans-abri, seul, et abandonné dans la rue. Pris d’un élan de panique, il
courut là où ses pieds voulurent le mener, et se retrouva en face de la
porte du foyer La Marguerite. Conscient qu’il ne pourrait pas retourner
chez lui, sans sa voiture ni ses clefs, et que sans téléphone portable,
il lui serait impossible de contacter sa femme, il poussa la porte pour
la seconde fois depuis deux jours, et fut accueilli cette fois-ci par
des yeux surpris, certains SDF se risquant même à des sourires moqueurs.
Le vieil
homme qui lui avait demandé une pièce assistait à la scène, en retrait
dans un coin de l’entrée, affichant une mine satisfaite. M. Douglas se
laissa mener à une table par une jeune femme bénévole, et s’assit
piteusement sur la chaise grinçante qui lui était proposée. Il croisa
des dizaines de regards qui le scrutaient, autant dans l’incompréhension
du plus si riche propriétaire. Agacé et honteux face à tous ces visages
tournés sur sa figure sale et fatiguée, il rentra sa tête sous sa veste
et sanglota silencieusement, attendant que quelqu’un d’aimable vienne
lui donner une petite pièce.
Deuxième Prix – Un café à la gare.
Le serveur arrive avec un café, il le
pose devant moi, lance un petit « voilà pour vous » et repart. Par
réflexe, je réajuste la capuche sur le haut de mon crâne. J’ai chaud et
le café n’arrange rien mais je n’ose pas me découvrir. Les gens
prendraient peur s’ils voyaient ma tête. Un sifflement retentit, suivit
d’un bruit familier d’un train qui passe. J’écoute les bruits de pas et
les roulements des valises qui raisonnent depuis le hall de la gare. Une
petite fille et son père arrivent dans le café. Ils se tiennent par la
main, s’assoient vers une fenêtre et discutent. L’enfant a l’air
impatient, ils attendent sûrement quelqu’un. Et moi, qu’est-ce que je
fais là ? Cela fait plusieurs jours que je viens ici sans aucune raison.
Je m’assois toujours à cette même table au fond du café, un coin sombre
: parfait pour moi. J’ai toujours été un garçon réservé. Je n’ai jamais
fait partie d’un groupe ni jamais eu de meilleur ami. la seule personne
en qui j’ai vraiment eu confiance était mon père. Lui seul pouvait me
comprendre. J’ai toujours eu ce problème, cette anomalie et il avait la
même. Cela venait de son côté, tous les hommes de sa famille en avait
hérité et ils en étaient fiers. Mais la famille de ma mère voyait les
choses différemment. « malédiction satanique ! » avait crié mon
grand-père maternel lors d’un dîner en famille, on ne l’a plus revu
depuis. ma mère essayait de me rassurer en m’expliquant que c’était une
maladie génétique comme la trisomie ou le diabète. « En plus cool »
ajoutait-elle à la fin. C’était une mère aimante, enfin je crois. Elle
est morte quand j’avais 11 ans : accident de train. Si vous êtes
psychologue, vous pensez sûrement que c’est pour cette raison que je me
rends à la gare, que j’espère la voir descendre du train en vie. Pensez
ce que vous voulez, je ne juge pas. Toujours est-il qu’après la mort de
ma mère, mon père a décidé de me faire les cours à la maison. Pour -je
pense- garder ce qui lui restait auprès de lui. Il voulait me protéger
pas seulement de l’extérieur mais aussi du regard des autres.
La maladie s’accentuait au fur et à
mesure que je grandissais. Il m’a donc retiré du système scolaire avant
que je n’entre au collège. Il disait que les autres élèves se
moqueraient de moi. Je ne comprenais pas. « Les gens ont peur de
l’inconnu, de ce qui est hors du commun », il me le répétait souvent
comme pour nous prouver à tous les deux qu’il avait pris la bonne
décision. Lui non plus n’avait pas eu beaucoup d’amis quand il était
enfant. Il en parlait parfois. Le même problème , les mêmes adolescents
étroits d’esprits. Il en avait souffert toute sa vie. Même pour trouver
du travail, l’anomalie lui avait posé des problèmes. Pour moi les choses
avaient été simples : une entreprise d’enchères sur internet avait des
postes de libre ; le job consistait à faire monter les enchères de chez
soi pour que le prix de l’objet augment et se vende plus cher. Plutôt
simple comme travail, c’était bien payé et surtout je n’avais pas à
affronter le regard des autres. Mon père lui, changeait de travail tous
les un ou deux ans. Il avait toujours une raison différente : le travail
qui ne lui plaisait pas, le salaire pas assez élevé, ou le trajet en
voiture trop long … Mais au fond, c’était surtout la solitude. Il ne
parlait à personne et personne ne lui parlait. Il avait eu une vie très
seule quand j’y pense, il avait vécu dans un petit village perdu de la
campagne avec juste une mère pour l’élever. Il n’avait fait que très peu
d’études et vivait seul jusqu’à ce qu’il rencontre ma mère. Cela
s’était passé chez le médecin, elle était infirmière et lui avait fait
sa prise de sang. Cela avait été le coup de foudre et peut importait à
ma mère que l’homme de sa vie soit doté d’une maladie inopérable.
D’ailleurs, pourquoi je vous raconte
tout ça ? En fait je crois que j’ai juste besoin de parler, alors si ça
ne vous dérange pas je vais continuer mon récit. Je recouvre ma tête de
ma veste noire. Elle n’est pas très classe mais c’est la seule veste qui
convient pour aller à un enterrement. J’en reviens justement. De
l’enterrement de mon père. Il est mort samedi dernier chez lui tout
seul sans prévenir : d’une crise cardiaque a dit le médecin. Je revois
son visage blanc, figé tellement différent du père chaleureux que j’ai
connu. Avec ces choses au-dessus de sa tête, ces choses étranges, les
mêmes que les miennes … ses cornes.
Troisième Prix – Une vie gâchée
Mon histoire commence un lundi matin.
C’était le temps de la guerre et je venais de recevoir ma convocation de
la France pour partir sur le terrain. Je n’avais à cette époque que
vingt ans. Je laissais derrière moi, ma femme Jacqueline et mon bébé
d’un mois seulement, Richard. Cela me fit beaucoup de peine mais j’étais
obligé de partir. Je me demandais pour combien de temps, où allais-je
être envoyé, si j’allais revoir ma famille. C’était ça qui me faisait le
plus peur mais la France ne pouvait plus attendre, l’invasion était
proche.
Je fis mes adieux à ma femme et à
Richard et je partis avec quelques vêtements et des provisions dans un
sac. Dans mon village, à côté de Vichy, je retrouvai plusieurs têtes
familières qui avaient été convoquées aussi. Je me sentais déjà moins
seul mais désespéré quand même. Au bout d’une demi-heure d’attente, un
fourgon de l’armée est venu nous chercher. Là je voulus m’enfuir mais je
savais que si je fuyais, ils me retrouveraient. Je pris donc mon
courage et montai dans ce camion déjà plein d’hommes. Ce fourgon nous
emmena très loin. Nous y sommes restés cinq heures. Puis plus aucun
mouvement et l’on nous dit de descendre. Nous nous exécutions. Nous
avancions mes compagnons et moi, dans un endroit inconnu, ce qui me
faisait peur. Où allions nous tomber ? Je vis un panneau indiquant
Paris. Au loin, j’aperçus la Tour Eiffel. J’étais effectivement à Paris.
On nous donna des uniformes militaires et les coiffeurs de l’armée nous
rasèrent le peu de cheveux que nous avions sur la tête. J’entendis au
loin, vu tout le monde qui était réuni dans cette immense cour, ce qu’un
soldat haut gradé nous disait. Il criait : « Vous allez dormir ici
cette nuit et demain, dès l’aube, vous partirez sur le front. » Là, je
compris que les choses sérieuses commenceraient le lendemain.
Pendant la nuit, je pensais à ma
famille. Je me demandais ce qu’ils faisaient, si ils étaient tristes, si
ils pensaient à moi, je n’ai presque pas dormi… je pensais beaucoup
trop pour arriver à dormir. Le réveil fut très dur mais il fallait
partir. Direction la frontière allemande. Des armes nous furent
distribuées et on nous expliqua un peu comment s’en servir pendant le
trajet puis l’arrivée, la descente du camion au pas de course et hop,
dans les tranchées pour se protéger et ne pas se prendre une balle à
l’arrivée.
Plus d’un an passa, nous étions au mois
de décembre 1915, nous avions froid et plusieurs de mes compagnons
étaient morts de froid. Je tenais le coup en pensant à ma femme et
surtout à mon fils qui allait avoir deux ans et qui ne m’avait presque
jamais vu. Il ne se rappellerait peut-être même pas de moi …. La guerre
devenait de plus en plus dure. J’avais envie de mourir mais je
repensais à Richard et Jacqueline : ils voulaient que je sois fort, que
je rentre à la maison. Il fallait que je revoie mon fils, il me manquait
énormément. Mes souvenirs de Richard étaient minuscules… La guerre
prenait tous mes souvenirs et ma famille s’effaçait peu à peu de mon
esprit. Les batailles étaient très intenses et beaucoup d’hommes autour
de moi mouraient. J’arrivais à rester debout sur les champs de bataille
malgré mes blessures. Je voyais des cadavres en décomposition mais aussi
des gens défigurés par des éclats d’obus qui avaient explosés. Je me
disais que j’étais très chanceux de ne pas être dans cette situation.
Des années passèrent, et nous arrivions
en novembre 1918. Les soldats allemands se faisaient plus rares…
Quelques jours passèrent, puis on entendit une sonnerie ! Tout le monde
jeta les armes, nous nous embrassâmes. La guerre était finie ! A cet
instant, un énorme soulagement m’envahit, ma joie de vivre revint d’un
seul coup, je me sentais libre, libre, libre… J’allais rentrer chez moi,
revoir Richard et Jacqueline après quatre ans loin d’eux. J’allais
enfin les revoir !
Dès le lendemain matin, de retour chez
moi, je frappai à la porte. Là, un homme vint ouvrir ! Je vis Jacqueline
derrière lui. Quand elle m’aperçut, elle fut toute blanche. Elle devait
me croire mort ou voulait m’oublier. Jacqueline tomba d’un seul coup
sur le sol. Très inquiet, je me précipitai vers elle. Cet homme me
poussa pour être près d’elle. A ce moment-là, une bagarre commença entre
l’homme et moi. Les coups allaient bon train. Puis Jacqueline reprit
ses esprits. Nous nous arrêtâmes directement pour voir comment elle
allait. Elle était encore toute étourdie mais ça allait mieux. Elle
voulut me parler en privé. « François, écoute-moi bien. J’ai trouvé
quelqu’un d’autre comme tu as pu le constater, il s’appelle Hubert et je
l’aime. Pour le bien de Richard ne revient jamais. » Je voulus
rétorquer mais c’était trop tard, elle était déjà repartie. A cet
instant, je réalisai que je n’allais pas voir grandir mon fils et qu’il
ne saurait jamais qui est son vrai père. Moi et moi seul !
Je n’avais nulle part où dormir. Il me
fallait trouver quelque chose en cette nuit très fraîche. Je cherchais
une auberge encore ouverte à cette heure très tardive. Par chance, j’en
trouvai une, j’entrai et vis une petite dame enrobée. Je lui demandai
une chambre pas trop chère pour passer la nuit au chaud. Elle me proposa
une chambre dans les combles à 20 francs la nuit. J’acceptai. Arrivé
dans cette petite chambre, je réfléchissais à la journée que je venais
de passer. J’étais tellement triste, je ne voulais plus me montrer.
J’avais tellement honte de ne pas pouvoir vivre avec ma femme à mon
retour de ces quatre années si dures.
Je n’avais survécu que grâce à elle,
pendant qu’elle se trouvait un autre homme avec qui élever mon fils, la
chair de ma chair, le bien le plus précieux à mes yeux. Je ne pouvais
pas vivre avec ça. Je ne voyais qu’une solution : mourir. Je pris un
couteau, fis une prière et un signe de croix puis je me tranchai la
gorge.
Voilà comment la guerre peut gâcher une vie toute entière…