C’est dans le cadre de la semaine de la diversité organisée par le centre de la Francophonie de Bourgogne que ces rencontres entre écrivains et jeunes lycéennes se sont déroulées.Un moment d’échanges intenses sur l’écriture de deux ouvrages « Le thé n’a plus la même saveur » d’El Hassane Aït Moh et « Shégués, enfants du silence » de Jeannine Valignat , mais aussi d’une manière plus générale sur l’immigration et les enfants sorciers avec le témoignage de Lauric.

El Hassane Aït Moh, Jeannine Valignat et Lauric à la rencontre des lycéennes de Leon Blum
Écrire, c’est se libérer. Jeannine Valignat
C’est ce qu’a dit lors de son interview Jeannine Valignat aux classes de 1 CAP coiffure et 1 bac pro esthétique.
Pourquoi avoir choisi d’écrire sur les migrants ?
Je veux dénoncer la vérité et faire réagir, déranger les populations. Il faut voir ce qu’il y a derrière les images, Ce qui se passe dans le monde, ce sont des hommes qui veulent le bonheur. Il faut mettre des mots sur la souffrance pour s’en libérer.
Ecrivez-vous un autre livre en ce moment ?
En ce moment, je n’arrive pas à écrire. En fait je ne sais pas comment ni par où commencer. Je voudrais écrire un livre de témoignages, dire la vérité avec des mots justes pour exprimer le bonheur de partager. Je voudrais parler des personnes qui aident les autres en difficulté : les familles hébergeantes, les associations comme celle créée par trois femmes pour obtenir de la nourriture à la banque alimentaire pour les mineurs réfugiés qui n’ont pas droit personnellement aux aides…
Ces rencontres ont-elles changé votre vie ? Oui. On n’est jamais pareil après la rencontre d’un être humain. On s’enrichit de l’autre. Ces rencontres ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui.
Laquelle de ces histoires vous a le plus touchée ?
Toutes. Il faut du temps pour s’en séparer et passer à quelque chose d’autre. Pourtant celle de la petite fille de quatre mois qui risquait l’excision me touche tout particulièrement car je suis une femme et que cela touche à l’intégrité du corps de la femme. Sa famille m’a demandé de l’aide. Quand nous avons gagné, elle était rayonnante. Son père était tellement heureux, ses gestes débordaient d’amour et c’est à ce moment-là que je me suis dis que cette petite fille était sacrée.
Qu’avez-vous pensez quand vous avez vu pour la première fois le jeune garçon que vous appelez Glany dans votre livre ?
Quand je l’ai vu pour la première fois, je ne vais pas vous mentir, intérieurement, je me suis dit… « il va crever ! ». C’était un enfant en grande souffrance. C’était une urgence de le prendre. Il a mis énormément de temps à parler et à être rassuré, il fallait faire quelque chose. Il faut donner du courage, de l’espoir et pour cela il faut prendre de la distance avec les histoires personnelles.
Témoignage de Lauric sur les enfants sorciers
Pourquoi avez-vous été accusé de sorcellerie ?
Après la mort de mes parents, ma tante a été parler à ma famille pour dire que j’étais un « enfant sorcier » et que j’avais tué mes parents. Dans mon pays, quand on ne peut pas expliquer les faits, on a recours à la sorcellerie. Après ça, on m’a emmené à l’église où le pasteur a confirmé cela, pour se faire de l’argent.
Êtes-vous toujours accusé de sorcellerie ?
Oui par toute ma famille, sauf mon grand-père qui lui, n’y croit pas car il m’avait dit que c’étaient les Belges qui avaient inventé cela au temps de la colonisation pour faire peur aux Africains.
Aujourd’hui ce passé continue-t-il à vous hanter ?
Je suis passé à autre chose mais quand je passe devant une église évangélique, j’ai envie de rentrer et de leur dire que c’est des mensonges. raconter mon histoire, me libère.
EL HASSANE AIT MOH, UN AMOUREUX DE LA FRANCE
El Hassane Aït Moh est venu à la rencontre des élèves de 1 COIF et 1 ESTH du lycée Léon Blum pour échanger autour de son roman le Thé n’a plus la même saveur
Y a-t-il un peu de vous dans le roman ?
Il y a dans la construction du personnage beaucoup de moi. Ce personnage est une construction à partir de l’expérience personnelle vécue. En quelque sorte, l’auteur se libère à travers les personnages de son livre.
Pourquoi dans votre roman votre personnage dit « la France est une souffrance »
Le personnage qui dit cette phrase dans le livre est une personne qui a réellement existé : j’avais 18 ans, je venais d’arriver en France, à la gare de Lyon. J’avais un sac en cuir que je portais à la taille, un sac que seul les Marocains peuvent avoir. J’étais perdu, quand un jeune Algérien est venu me demander si j’avais du shit (rires). Après avoir discuté avec lui, il me dit qu’il ne savait plus qui il était. Normalement, quand on part de son pays c’est pour se reconstruire mais pour moi cet homme a raté son immigration puisqu’il n’est pas heureux. La France est un concept idéal, elle donne de l’espoir. Il est difficile de retrouver la perfection de la France dans d’autres pays.
Pourquoi avoir choisi comme titre « le thé n’a plus la même saveur »
C’est une phrase que dit le personnage dans le roman, car pour lui le thé de France n’a pas le même goût que le thé au Maroc, il se demande pourquoi : peut-être est-ce l’eau ? Ou le thé ? Il fait plusieurs essais et changements. Mais non, rien n’y fait. En réalité, c’est la personne qui a changé, ce qu’il est devenu loin de chez lui.