A partir de trois images choisies dans les catégories gâteaux, lieux et personnages, les élèves des classes de 1 CAP coiffure et Terminale bac pro esthétiques devaient inventer une nouvelle d’un format A4 (minimum). Les écrits ont été de qualité et le jury a décidé de récompenser 4 élèves.
La première place pour Tess de 1 Coif
Les dernières crêpes.



De chez moi par la fenêtre, je peux entendre les gens chanter et les voir s’amuser, ils ont tous le sourire.
Je commence à avoir faim je n’ai toujours pas vu la nourriture dans ma gamelle. Je vais sûrement commencer à chercher de la nourriture dans l’appartement, en allant dans la cuisine je sens comme une douce odeur de crêpes, je la sens mais je ne la trouve pas, mon ventre n’arrête pas de gargouiller. Pourquoi Salomé ne rentre pas ? Elle était juste descendue avec les autres en bas au bar d’en face et pourquoi il y a de l’orage d’un coup, tout à l’heure il n’y avait pas de nuage, et pourquoi ils se mettent tous à crier ?
Ce n’est pas important, pour l’instant je dois trouver ces crêpes ! Je crois qu’elles sont sous la serviette sur le comptoir. Je me mets à sauter sur la chaise devant l’évier avec toute la délicatesse qui m’a été donnée, et puis je peux enfin atteindre cette senteur sucrée. Quand enfin, j’ôte ce torchon les recouvrant, l’odeur devient encore plus forte et plus salivante.
Je peux enfin manger, transportant dans ma gueule des crêpes jusqu’à la fenêtre de tout à l’heure, je remarque que les cris ont cessé et à la place se sont installés des gémissements. Quand je suis enfin bien régalé par ce festin et que je peux m’allonger le plus confortablement possible, je remarque par la fenêtre des personnes gisant au sol allongées, ou d’autres courant apeurées.
Je cherche Salomé parmi toutes ces personnes mais je ne la trouve pas… elle doit sûrement être en train de remonter les étages pour venir me câliner. Sur cette idée je me suis dis que je devais aller devant la porte pour l’accueillir avec mes miaulements habituels. Au bout de cinq minutes je me suis résolue à jouer avec ma queue pour m’occuper, mais je me suis vite endormie.
Je me suis fait réveillée par une personne criant «Youka !» Pourquoi crie-t-elle mon prénom ? Ce n’est pas la voix de Salomé, mais elle me dit quelque chose.
Quand la femme m’a aperçue, elle a accouru vers moi. Quand je vois son visage je remarque ses larmes.
Que s’est-il passé ? Pourquoi Salomé ne revient pas ?
Elle me manque…
Nous avons tout particulièrement aimé les émotions de ce texte et l’écho qu’il donne aux événements vécus il y a quelques mois.
la deuxième place est revenue à Elea de Terminale esth.



SURPRISE !
Cela avait été une matinée stressante pour Mathieu Milhade qui sortait tout juste de son bureau, au deuxième étage du château de l’entreprise. Il marchait d’un pas vif, ses chaussures de cuir claquant contre le sol en pierres glacées de février. Il pensait aux papiers que renfermait la pochette rouge sous son bras : douze bouteilles de plus, en 25 minutes de parlotte avec un des américains vantards habitant Las Vegas et qui voulaient impressionner ses invités avec un vin de français « un bowr-de-lai » comme ils disaient. Plus les confirmations des 6 commandes pour Pékin, et les habituelles commandes françaises pour les hôtels et restaurants 4 étoiles. Oui une matinée stressante mais efficace. Son père allait être content. Après avoir descendu les escaliers recouverts d’un épais tapis rouge élimé, il traversa le hall et s’arrêta au comptoir de l’accueil où une jeune stagiaire blonde lui souriait. Elles étaient toutes à ses pieds. Mais qui pourrait leurs en vouloir ? Grand, élancé, Mathieu avait les yeux gris en amande de sa mère et le nez droit de son père. Sa veste de costume noir mettait en valeur son épaisse chevelure brune. Il sourit en retour à la blonde découvrant des dents blanches, impeccables. Après avoir déposé et signé quelques papiers, il sortit enfin du château. Le froid lui piqua le visage et il s’empressa de traverser la cour et de monter dans son Audi. Il tourna la clef de contact et franchit le haut portail en fer rouge dont les arabesques brillaient au soleil de midi. D’un coup d’œil dans le rétroviseur, il aperçut, l’immense panneau bordeaux planté dans le sol qui rapetissait derrière lui. Son écriture dorée, inversée par le miroir, aveugla légèrement Mathieu. « Entreprise Milhade, producteur de vins depuis 1938 ». A tout juste 20 ans, Mathieu était déterminé et destiné à reprendre l’entreprise familiale, pour le plus grand plaisir de ses parents.
Les sucettes à la fraise et à la crème sont toujours mes préférées. Qui pourrait en préférer une autre ? Elles sont sucrées, mais pas trop. Elles ont un goût de fruits et de lait en même temps. Mais entre les sucettes et les milkshake qui gagnent ? Dans les milkshake on peut mettre ce qu’on veut. Du lait, des fraises, de la glace, mais aussi des pommes, des bananes….peut- être même des sucettes?
Maintenant que sa matinée de travail était terminée, Mathieu allait pouvoir régler les derniers points de la soirée, de sa soirée. Il avait eu 20 ans quelques jours auparavant et ce soir avait lieu une grande fête de famille pour célébrer son anniversaire. Installé sur un tabouret, les coudes en appui sur le bar de sa cuisine, il pensait à ce qu’il allait porter. Sûrement sa chemise bleu marine qu’il s’était acheté la semaine précédente. Toute la famille allait être là. De ses parents, dont il avait quitté la maison pour s’installer dans un bel appartement du centre-ville quelques mois auparavant, à sa grande tante habitant Marseille. Il fallait faire bonne impression. Après avoir fini son assortiment de sushis pris sur la route, il consulta ses mails et appela le restaurant Le Marmiton pour s’assurer que les tables avaient bien été installées. Le DJ allait venir entre 19h30 et 20h et son père apporterait le vin. Et le gâteau ?! A oui, Cécilia devait s’en occuper.
La guitare ou le piano ? La guitare. Parce qu’on peut en jouer dans la rue. Les chaussures ou les chaussettes ? Les chaussures, parce que c’est elles qui voyagent le plus, qui profitent du dehors. Le thé ou le café ? Le café bien sûr. Qui survit sans café ? Le rouge ou le bleu ? Le bleu. Mmmmmm, quoi d’autre ? Le rock ou le jazz ? Le jazz. La danse ou le théâtre ? Celle-là elle est trop compliquée…joker.
Cécilia. Sa sœur jumelle. Qui fêtait ses 20 ans elle aussi. Mathieu l’avait oubliée. C’est-à-dire qu’il ne l’avait pas vue depuis un moment. Elle était partie en Afrique pendant 9 mois et était revenue quelques jours plus tôt. Mais, cela faisait bien plus de 6 mois qu’ils ne s’étaient pas vus. Tous les deux étaient si différents. Cécilia était si tête en l’air, si extravagante…Quand ils étaient enfants, les professeurs avaient peine à croire qu’ils étaient de la même famille. Mathieu si sérieux, si intelligent, un élève modèle qui répondait à chaque question en classe et qui était ami avec tous les élèves, sans jamais causer un seul souci. Et Cécilia, qui regardait toujours par la fenêtre, dessinait sur ses cours, disparaissait de l’établissement parfois, et ne semblait jamais s’intéresser à ce qui se passait dans la classe. Dans les cours d’école au contraire, elle se révélait être celle qu’on remarquait le plus, celle qui pouvait danser en plein milieu de la foule ou qui revendait des feuilles doubles ou des tubes de colle soit- disant pour donner « de l’argent aux pauvres ». « Cécilia la cata ». C’est comme ça que l’on la surnommait en primaire.
Je me souviens la première fois où j’ai fait du théâtre. Je devais avoir 7 ou 8 ans. Mathieu s’était inscrit parce que notre ancienne maîtresse allait être notre professeur et moi j’avais juste suivi Mathieu. Seulement, arrivée là-bas, je m’étais découvert une vraie passion pour la scène. Enfin, c’était génial de jouer un rôle, d’enfiler un costume et d’être applaudie à la fin. C’était génial d’être tout ce qu’on ne fût pas le temps d’une pièce. De donner vie à quelqu’un qui n’existe que dans l’imagination. J’avais donc continué le théâtre au collège, puis au lycée. Seulement, Mathieu lui, il n’était pas vraiment doué. Il pouvait même apprendre son texte par cœur. Il pouvait connaître la biographie de l’auteur. Il pouvait même regarder les grandes représentations et reproduire les mouvements des acteurs. Mais, rien n’y faisait. Il n’avait pas « l’étincelle » avait dit une fois notre professeur. Cela lui avait fait un choc d’échouer. Il avait donc abandonné, pour une fois. Moi, au contraire, je jouais le personnage secondaire ou principal à chaque pièce. On m’acclamait à chaque représentation. Une star le temps d’un soir. Mon père et ma mère assistaient à chacune de mes pièces. Je pense que c’est ça qui lui a brisé le cœur. Lui qui avait toujours été sous les projecteurs, il se retrouvait dans l’ombre deux fois par an.
Arrivé devant le restaurant, il se gara et se regarda un instant dans le rétroviseur. Son teint était légèrement verdâtre. Ou peut-être que c’était dû à l’éclairage ? Il était 19 heures moins le quart. Sa sœur devait déjà être arrivée avec ses parents. Mathieu appréhendait leurs retrouvailles. Elle ne lui avait pas vraiment manqué et il se demandait si, elle serait heureuse de le revoir. Il sortit de la voiture et entra dans le restaurant. Après s’être présenté à l’accueil, on le conduit à un escalier juste derrière le petit comptoir qui donnait vers la salle de réception. C’était une salle tout en longueur où plusieurs tables rectangulaires avaient été alignées et couvertes nappes blanches. Bien. Les hauts murs de pierre étaient éclairés d’une lumière jaune. Mathieu vit ses parents au fond, là où la salle s’élargissait et laissait place à une piste de danse.
Mathieu ! dit sa mère, ravie. Enfin !
Bonjour, maman, dit-il en l’embrassant. Bonjour Papa.
Son père l’étreignit un moment, se recula et regarda son fils de haut en bas, le regard brillant.
Tu es très élégant ce soir, dit-il en souriant
Sa voix chaude détendit Mathieu. La chemise bleu marine, il avait fait le bon choix. Sa sœur lui revient à l’esprit.
Cécilia n’est pas là ?demandait-il en regardant autour de lui.
Aucunes nouvelles….me répondit sa mère.
Je vais passer un coup de fil à ta tante, déclara son père en s’éloignant d’eux, m’assurer qu’elle est bien arrivée.
Aucunes nouvelles de leur fille qui avait passé 9 mois à l’étranger.
Ah ! mais tu es sûr qu’elle ne viendra pas ?
Aucunes nouvelles, je te l’ai dit Mathieu. Ce n’est pas si grave ! On se verra une autre fois.
Seuls tous les deux, dans l’immense salle, Mathieu observa sa mère. Pourquoi ne semblait-elle pas inquiète de n’avoir aucunes nouvelles de sa fille depuis plusieurs mois.
Les invités vont bientôt arriver, dit-elle toute souriante. J’ai hâte que la fête commence.
Ce voyage en Afrique, j’en avais vraiment besoin ; ça avait été comme un pèlerinage. Je me sentais tellement inutile là où je me trouvais. J’avais aidé à construire des écoles, des maisons. J’avais rencontré des gens incroyables. J’avais partagé mon expérience avec eux et eux la leur avec moi. Il y avait tellement de choses à préserver, tellement de monde à protéger. Là-bas, j’avais pu me rendre utile. Ici, je m’étais sentie tellement étrangère aussi. Le dépaysement m’a fait comprendre que le seul endroit où on n’est pas étranger c’est dans sa famille. Ce voyage m’a appris beaucoup de choses sur les autres et sur moi. Mais, ça fait du bien de se sentir chez soi à nouveau, entourée de ceux qu’on aime et qui nous aime en retour.
Aux alentours de 20 heures, toute la famille était au complet dans la salle. Enfin, presque, Mathieu n’avait toujours aucunes nouvelles de sa sœur et personne ne semblait s’en inquiéter. Certains avaient même l’air amusé par les questions du jeune homme. Cécilia n’avait jamais été totalement à sa place dans la famille de toute façon. Il avait aussi essayé de la joindre sur son téléphone, sans grande conviction, mais tout de même. Au bout d’un quart d’heure à se retourner la tête de questions sans réponse, il décida d’oublier sa sœur qui le mettait si mal à l’aise et rejoint sa famille. Après tout Cécilia n’aurait jamais fait ça pour lui. Elle se serait amusée avec les autres, sans s’occuper de lui, aurait proposé une danse, avant l’entrée, et serait allée faire la conversation à toute la famille. Elle arrivait même à ennuyer les vieux. En parlant de conversation, le jeune homme se dit que cette soirée était l’occasion parfaite pour créer des liens avec le côté très aisé de la famille. Il ajusta alors le col de sa chemise, rangea son portable dans sa poche, afficha son plus beau sourire et se dirigea vers sa grande tante.
Ça allait bientôt être le moment ! encore un peu de patience !
Il était maintenant près d’une heure du matin, les assiettes à fromage s’étaient vidées et les enfants s’endormaient sur les genoux de leur mère. Mathieu qui avait passé un long moment en compagnie de sa famille venant du sud, était un peu pompette. Contrairement à ce qu’il aurait pu penser, les verres d’alcool s’enchaînaient rapidement avec les personnes âgées. Lorsque vient l’heure d’apporter le gâteau, son père et sa mère demandèrent à Mathieu de se placer au centre de la piste de danse qui s’était vidée. Dos aux tables, il se demandait quelle surprise l’attendait. La traditionnelle mélodie s’éleva des enceintes et la foule entonna alors « joyeux anniversaire ». Les voix se mêlèrent en une cacophonie monstrueuse mais qui s’en souciait ? La tête lui tournait mais Mathieu se retourna pour observer, en souriant, toute sa famille qui criait presque désormais. Lorsqu’il refit face à la piste, trois cuistots vêtus de blanc faisaient alors rouler vers lui un immense gâteau au chocolat. Mathieu douta alors du niveau d’alcool présent dans son sang. Le gâteau était composé de trois étages, le plus grand semblait mesurer environ un mètre cinquante de rayon si ses yeux ne le trahissaient pas. « Joyeux anniversaire Cécilia et Mathieu. Joyeux anniversaire ! » Tout le monde applaudit alors en fanfare. Des sifflements semblaient venir des cousins et Mathieu était presque sûr qu’il avait vu son arrière-grand-père debout. Ce qui était un exploit en soi. Quelqu’un commença à scander « le gâteau ! le gâteau ! » mais avant que le murmure prenne forme Mathieu leva son verre de vin vide et prit la parole :
« Merci ! merci à tous d’être…d’être venus ici ce soir ». Sa gorge était sèche et il avait vraiment très chaud. « Je tiens à vous dire merci d’avoir fait le déplacement….pour moi. Dommage que l’autre ne soit pas là. » Quelques rires nerveux fusèrent dans la salle. Après tout, elle n’était jamais là ! Toujours à aider les autres ! » Les rires timides s’évanouirent. « Oui. Toujours à droite à gauche, sans prendre la peine de passer du temps dans sa famille. Sans jamais se préoccuper de nous ! Après tout elle était fait bien ce qu’elle veut Cécilia la Cata ! Elle n’est pas bien ici, et bien elle n’a qu’à partir ! » Le visage de Mathieu se colora alors de rouge. Il la détestait tellement. Voilà ce qu’il pensait. Il ne prit pas garde à sa mère qui tremblait sur sa chaise à quelques mètres. Il n’entendit pas le bébé qui pleurait au fond de la salle, réveillé par ses cris. « A me voler la vedette pour toujours », il soupira un instant et reprit d’une voix aigüe et caricaturale. « Cécilia, elle n’est pas première de sa classe mais qu’est-ce qu’elle danse bien ! Cécilia, elle n’a pas la moyenne partout mais alors comme elle est douée en théâtre ! Cécilia, elle sèche les cours mais bon, elle est si gentille avec tout le monde ! De toute façon, je ne t’ai jamais aimé ! Jamais ! cria –t’il, les larmes aux yeux, tremblant de colère. Ces mots n’eurent pas le temps de raisonner dans la pièce qu’un bruit d’explosion suivit d’un vrombissement retentit derrière Mathieu. Il se retourna précipitamment et vit alors Cécilia, debout sur le sommet du gâteau. Ses yeux étaient rouges et gonflés. Des larmes coulaient sur ses joues et ses poings étaient si serrés contre les cuisses que des gouttes de sang perlaient dans le creux de sa main. Des petites feux d’artifices s’étaient déclenchés derrière le gâteau et la baignait d’un éclat rouge. Tout se passa alors comme un éclair. Cécilia bondit de la plateforme, au sommet du gâteau, droit sur Mathieu. Tous les deux s’aplatirent lourdement sur le sol, en faisant trembler les murs. Les cris de rage de Cécilia se mêlèrent à ceux effrayés de la foule. Mathieu, plaqué au sol par sa sœur, poussa de toute ses forces pour rouler de l’autre côté. Les cris fusèrent dans la foule. Mathieu prit le dessus, sur sa sœur. Il lui maintient les poignées au sol avec son avant-bras et Cécilia donna un coup de genou dans son dos. Le buste propulsé en avant, Mathieu tendit sa main libre vers le sol et celle-ci se referma sur un objet fin et dur. Sans réfléchir, il leva l’objet en l’air et l’abattit sur sa sœur. Le pied du verre à vin brisé s’enfonça dans l’abdomen de Cécilia dans un bruit de chair et un long cri déchirant s’échappa de sa bouche. La foule se précipita sur la jeune fille, affolée. Le sang s’écoula lentement sur le plancher. Le regard suppliant, elle plongea ses yeux dans ceux de son frère.
Pourquoi ?
Une très belle écriture à deux voix et une « jolie » chute !
Les troisièmes places exæquo sont revenues à Cloé de Term. esth (Délice chocolaté) et à Ludyvine de 1 Coif. (La faim est un vilain défaut.)
Délice chocolaté.



Au restaurant « Le Diamant », ayant récemment atteint sa troisième étoile Michelin, les clients se démènent pour obtenir la meilleure table, certains sont même prêts à réserver des mois à l’avance pour s’assurer de goûter aux plats mythiques du grand chef Arnaud Fondant.
Ce dernier cuisine pour des personnalités importantes depuis de longues années : président, ambassadeurs, grandes stars internationales, se sont succédé à la porte de son établissement. Ses recettes raffinées et originales sont connues dans le monde entier, et l’on vient des quatre coins de la planète pour déguster ces mets délicats façonnés de ses mains expertes.
Les affaires se portent à merveille, et le chef est à l’apogée de son succès. Le Diamant est LA destination favorite des amoureux de la gastronomie. mais cet engouement en fait également une cible de choix pour les critiques culinaires, et de l’un d’eux en particulier. Monsieur Gaston Lapoêle, expert en desserts et créateur d’une célèbre marque de poche à douille, qui réserve une fois par mois une table dans le salon VIP du restaurant. Cet homme est connu pour ses articles dévastateurs, ayant anéanti la réputation de plusieurs grands chefs internationaux. Mais malgré ses longues argumentations sur « l’enfer gustatif » qu’il fait subir à Arnaud Fondant à chacune de ses visites, la popularité du cuisinier ne ternit pas. Monsieur Lapoêle continue de lui décerner des appréciations catastrophiques, malgré les plats éblouissants que lui présente le chef. Des recettes aux saveurs étonnantes et au design fou, des inventions culinaires dont lui seul connait le secret. mais il a beau créer un nouveau plat extraordinaire à chaque passage du critique culinaire, ce dernier continue de crier haut et fort « Ô combien la cuisine de cet Arnaud Fondant est un crime contre son divin palais ».
Complètement démotivé, Arnaud ne sait quoi faire lorsque le gérant du restaurant lui annonce que Gaston Lapoêle vient dîner au Diamant dans deux jours. Il pourrait s’enfermer des heures dans sa cuisine pour confectionner la plus belle assiette du monde entier, monsieur « poche à douille » trouverait le plat fade, sans intérêt, vu et revu, ou le qualifierait « d’assassinat de se papilles gustatives ». A quoi bon suer sang et eau pour un homme qui ne sait pas apprécier sa cuisine. Arnaud décide alors de lui servir le plat du jour, et de lui préparer un dessert des plus simples : un moelleux au chocolat. Au moins de cette façon, le spécialiste aura de quoi critiquer son manque d’originalité.
Les deux jours passent et le chef se retrouve aux fourneaux, accompagné de ses deux commis. A la carte ce soir, « valse de saveurs marines », en entrée, « pièce royale aux merveilles parisiennes » accompagnée des « délices du jardin » pour le plat principal, et enfin, un « moelleux au chocolat » en dessert. Arnaud n’avait même pas pris la peine d’inventer un nom pour son dessert, et il jugeait inutile de déguiser une recette aussi banale avec une expression qui fait rêver. Puisque selon lui, un simple gâteau au chocolat ne fait pas rêver les amateurs de la grande gastronomie.
Une fois l’entrée envoyée au serveur, Arnaud charge l’un de ses commis de préparer la viande, pendant que l’autre sélectionne les légumes. Le chef quant à lui, commence la préparation de son gâteau. Il termine la pâte rapidement, connaissant la recette par coeur, tant il l’avait faite à ses débuts dans la cuisine. Il prend le moule le plus simple, un moule rond, de taille moyenne, qu’il beurre légèrement avant de couler la pâte à l’intérieur. Une fois le gâteau sous la fournaise du four, il prépare sa crème chocolatée qu’il ajoutera au gâteau une fois la cuisson terminée.
Le plat part ensuite, et déjà les serveurs rapportent au cuisinier les commentaires négatifs incessants à propos de l’entrée.
Arnaud perd espoir, et regarde avec mélancolie le gâteau gonflant calmement dans le four. Comment peut-il oser présenter un gâteau aussi misérable devant le spécialiste incontesté du dessert ? Il en est certain, il signe son arrêt de mort avec ce moelleux.
L’attente prend fin et le cuisinier sort la pâtisserie du four, déposant le moule au centre de son plan de travail immaculé. Le gâteau est beau, malgré sa simplicité, mais il n’y a vraiment rien d’exceptionnel. Une fois le temps de pause du gâteau écoulé, Arnaud saisit son couteau et tranche le dessert en deux. Une odeur envoûtante s’échappe alors de la plaie béante du moelleux. Le chef coupe ensuite plusieurs fois le gâteau, en formant des parts égales, d’une symétrie presque parfaite. Il sélectionne la plus réussie et la dépose dans une assiette, accompagnée d’une cuillère en argent. Il fait couler d’un geste vif et agile la crème sur et autour de la part de gâteau, et recule de quelques pas pour admirer le résultat final.
Aux yeux du grand Arnaud Fondant, c’est une catastrophe. Le dessert le plus laid qu’il n’ait jamais préparé. Et pourtant, cette part de gâteau élégante et raffinée, ravirait les yeux et le palais de tous, des incorrigibles du chocolat jusqu’aux moins gourmands. Cette odeur irrésistible et cette séduisante robe de crème rendent ce gâteau agréable à la vue, et son goût ne peut être que fabuleux. Mais rien ne peut redonner le sourire au chef, définitivement déçu de lui-même.
Le serveur fait son entrée en cuisine, le plateau à la main. Arnaud y dépose délicatement l’assiette, accordant un dernier regard à la pauvre part de gâteau, qui sera broyée en quelques minutes par les mâchoires monstrueuses du pape de la pâtisserie. Le jeune homme retourne en salle, observant le plateau d’un air étonné. Après les recettes extravagantes qu’il a servies jusque là, il ne s’attendait pas à devoir servir une simple part de gâteau. Ce dessert n’est pas digne d’Arnaud, et le serveur dépose l’assiette devant monsieur Lapoêle, quelque peu inquiet.
Lorsqu’il retire son tablier à la fin de la soirée, après avoir salué poliment Gaston Lapoêle, Arnaud s’assoit lourdement sur une chaise, et soupire longuement. Les serveurs, ses commis et le gérant tentent de lui remonter le moral tant bien que mal, en vain. Arnaud le sait, il n’a aucun doute à ce sujet, il va perdre sa troisième étoile !
Il dort mal cette nuit-là, son sommeil est dérangé par des cauchemars au goût tantôt sucrés tantôt amer du chocolat. Il rêve qu’on lui jette ses propres plats au visage, qu’on le hue, qu’on le déteste. Il voit dans ce cauchemar, Gaston Lapoêle, un sourire fier étirant ses traits, car il a enfin détrôné le grand, le célèbre Arnaud Fondant.
Au petit déjeuner le lendemain, c’est la mort dans l’âme qu’il ouvre le journal, censé contenir le nouvel article du critique. Ce qu’il lit par la suite n’est cependant pas du tout ce à quoi il s’attendait :
« C’est avec réticence que je me rendis au restaurant Le Diamant, ce samedi soir, imaginant en avance les horreurs qui me seraient servies. Mais je devais y retourner, pour goûter à nouveau aux plats ternes et tristes de ce soi-disant chef étoilé. sans surprise, l’entrée était atroce et le plat manquait d’émotion. La peur au ventre, je vis le serveur arriver avec le dessert. Étonnamment, ce n’était pas une confection saugrenue avec des choux pailletés ou une crème anglaise argentée qui me fut présentée, mais une sublime part de moelleux au chocolat. Rien qu’à la vue de ce dessert incontournable, mon palais frissonna de plaisir. C’est alors que je saisis la cuillère, que j’utilisai délicatement pour séparer un petit morceau du reste de cette part plus qu’appétissante. Et là, commença, ce que j’appellerai « un rêve chocolaté ». Tout dans ce gâteau était réalisé à la perfection. La texture, légère comme un nuage, gardait en bouche un certain caractère que je ne pus qu’apprécier. l’intensité du chocolat était dosée avec finesse, et le mariage de la chaleur de la pâte et du côté frais de la crème rendait le tout presque magique. Ce gâteau était l’un des meilleurs qu’il m’a été permis de goûter durant toute mon existence. IL me rappelait fortement les desserts que me préparaient ma grand-mère avec amour, lorsque je passais mes après-midi dans sa maison au coeur de la campagne. Ces petits gâteaux, ces éclairs, ces jolies religieuses au chocolat qu’elle cuisinait toujours et qui m’ont donné cette passion pour les pâtisseries.
C’est ce souvenir des plus agréables qui emplit mon esprit lors de la dégustation de ce dessert.
Pour conclure, j’aimerais adresser ces derniers mots à Monsieur Arnaud Fondant. Pourquoi, chef, vous obstinez-vous à confectionner des immondices, si vous êtes capables de servir un pur délice ? »
Une nouvelle qui nous a transportées dans les cuisines du « Diamant » et un gâteau que l’on aurait bien goûté, nous aussi !
La faim est un vilain défaut.



Nous sommes réunis en ce jour pour célébrer l’union de mon maître, Paul et de ma maîtresse, Caroline.
Oui comme vous avez pu le constater je suis un chien, un chien à poil long, de taille moyenne et avec un estomac gros comme deux stades de football. J’ai un nom plutôt ridicule pour le chien que je suis: Douguy. Mais je ne l’ai pas choisi. Ce mariage sera parfait, tiens, d’ailleurs les invités commencent à arriver.
De belles robes longues colorées, des costumes noirs à cravates blanches sans oublier la décoration des tables et le plus important: le repas qui s’annonce excellent.
Seule Caroline est vêtue de blanc aujourd’hui, c’est une couleur très jolie, je trouve.
Mon maître Paul m’a demandé de rester assis à côté d’une table le temps que la pièce montée arrive pour qu’aucune « catastrophe» ne se produise.
Paul a souvent très peur pour moi, je ne comprends pas trop, il devrait savoir que je suis un chien très fort pourtant… Je l’entends souvent dire des choses sur moi. Par exemple un matin je l’ai déjà entendu dire « Caro, j’ai peur que Douguy ne mange le facteur» et je le défends souvent contre ce soi disant facteur, que j’appelle personnellement le démon jaune. Pourquoi? Tout simplement parce que tous les matin il tente de frapper Paul ou Caroline avec un journal. Heureusement que je suis là pour les protéger.
Revenons à ce mariage, des petits groupes de personnes commencent à se former et les discussions débutent en même temps. J’observe du dessous de ma table le lieu de la réception, un bel endroit entouré d’arbres avec des tables installées au centre pour manger.
Soudain, ma concentration fut coupée par un sentiment tellement fort qui peut s’écrire en simplement sept lettres: j’ai faim! Effectivement, mon ventre appelle au secours et mon estomac se retourne. Je dois trouver impérativement de la nourriture sous peine de mort, je dois me lever et désobéir à Paul pour survivre, il comprendra, je pense…
Je me lève donc discrètement pour partir en quête de quelque chose à manger, il commence à y avoir beaucoup de monde, je me faufile comme je peux entre les pieds des invités qui ne prêtent même pas attention à moi, sauf quelques enfants qui me caressent en disant « Il est trop mignon» comme font la plupart des gens habituellement, j’aime bien cette sensation d’être aimé par les personnes qui m’entourent. Mais cette fois je ne m’arrête pas pour encore entendre ces compliments et sentir ces caresses sur mon poil. Pas un seul invité n’a l’idée de me donner une petite friandise, tout le monde est trop occupé à parler de je ne sais quoi sans se rendre compte que je meurs de faim!
Soudain, je me retrouve en face de la plus belle chose du monde, de la nourriture mais pas n’importe laquelle, des petits gâteaux verts en forme de cochon qui avaient dû être soigneusement préparés avec amour et bonté. Je me retiens de sauter sur la table pour les dévorer, je ne dois pas me faire remarquer sinon je risque de me faire énormément disputer. Je me couche alors sous la table pour faire comme si je n’avais pas bougé depuis le début de la réception. Je me demande quel goût ils ont, chocolat? Je ne sais pas encore mais je vais bientôt le savoir, je dois juste attendre le bon moment, le moment où personne ne pourra me voir et me disputer. J’observe les invités qui discutent et je vois de loin mon maître et ma maîtresse qui ont l’air d’être heureux, ils parlent avec des personnes qui sont plutôt âgées.
Au bout d’un certain temps, un homme en costume blanc prend un micro et s’adresse à tout le monde, tous les invités se réunissent alors autour de lui. C’est le moment où jamais, je me lève d’un bon, ne prends pas le temps de regarder autour de moi, je mets mes deux grosses pattes avant sur la table et j’enfonce mon museau dans les petits gâteaux verts, je crois que j’ai tout éclaboussé autour de moi. Ce qui est sûr c’est que j’ai le museau tout vert, c’est ma couleur préférée. C’est tellement bon, j’aimerais que ce moment dure toute ma vie pour être sincère. Tout à coup j’entends juste à côté de moi: «Douguy!». Je lève la tête, la tourne, vois Caroline et baisse les oreilles. Sa belle robe blanche est toute tachée de vert. Oups!
Nous avons beaucoup aimé « Douguy », sa gourmandise et son humour !
Merci à tous les participants à ce concours d’écriture pour les nouvelles pleines d’originalité que vous nous avez données.