Le Mardi 02 juin 2015 @ 02:56:00 Creusot infos
il a partagé notamment une vision dénonçant le radicalisme religieux
Ecrivain malien de Bamako, Ousmane Diarra avait été sollicité par le
Centre Francophonie de Bourgogne pour venir parler de son dernier roman «
La route des clameurs ». Un écrit, avec un contexte en toile de fond,
qu’il a partagés lors de deux rencontres mercredi dernier, le matin au
lycée Léon Blum devant des élèves de première année de CAP Coiffure et
de seconde et terminale Esthétique, et le soir à la Maison des familles
de Torcy.
De sa vie d’homme à celle d’intellectuel, Ousmane Diarra a échangé
franchement avec ses interlocutrices et interlocuteurs. D’abord sur le
père qu’il est, faisant tout pour que ses enfants grandissent sainement,
lui qui a été orphelin dès l’âge de deux ans… Ensuite sur la lecture et
l’écriture, lui ayant permis de « sortir de l’enfermement » et
considérant les écrits comme des moyens de combattre l’intégrisme, le
radicalisme religieux. Pour empêcher celui-ci de « travailler sur
l’esprit ».
C’est notamment en ce sens qu’il a livré son point de vue sur la
situation actuelle au Mali, et sur les dérives qui s’y sont développées
depuis les années 1980…
« Revenir aux fondamentaux »
Vous dites que l’écriture est une arme. Est-ce la première raison de l’écriture de votre roman « La route des clameurs » ?
« Oui. Quand les deux tiers du pays sont occupés par des gens qui
veulent nous effacer en tant que civilisation, je ne suis pas militaire,
mais mon arme est celle de témoigner. »
La disparition de l’école publique est un danger là-bas…
« J’en suis le fruit, de cette école. A partir des années 1980 et les
licenciements en masse dans l’enseignement pour satisfaire les
ajustements structurels demandés par le FMI, le délabrement de cette
école a eu pour conséquence l’invasion de l’espace de l’enseignement par
des écoles coraniques, des écoles privées. Le manque de formation des
enseignants a permis aux intégristes d’envahir l’espace public avant
même de prendre les armes. Le religieux a pris une place plus importante
que la politique. »
Comment selon vous la population malienne peut-elle repenser par elle-même ?
« C’est une question de s’assumer, d’oser. Ça passe notamment par les
intellectuels, les artistes, les écrivains… De même que les politiques.
Aujourd’hui, il n’y a pas assez d’audace, il n’y a pas assez de courage.
Alors que nous devons rappeler des fondamentaux à la population
malienne.
Ceux qui en font preuve sont ciblés comme des vendus à l’occident, donc
la place de l’intellectuel devient difficile et beaucoup d’entre eux
n’assument pas. Ils n’osent pas penser publiquement contre l’islamisme
radical et l’intégrisme, par crainte pour leurs familles. »Quel est votre sentiment sur la religion comme façon de penser ?
« Pour moi, ce n’est pas une identité. Elle ne doit pas être une
identité. Or la tendance actuelle est préoccupante et elle est un vrai
problème pour les populations. Dans ces pays comme le Mali où une
majorité de la population est musulmane, les intégristes veulent imposer
l’islam comme une identité alors que ça doit rester une croyance.
C’est aussi pourquoi ils s’acharnent contre les pensées traditionnelles
qui ouvrent l’esprit des gens sur d’autres cultures et d’autres
civilisations. »
Comment protéger les populations et les enfants de cet intégrisme religieux ?
« La meilleure manière est de revenir à l’école publique, républicaine,
laïque et obligatoire. Au Mali, je pense qu’il n’est pas trop tard car
la majorité de la population reste convaincue par ce système. Mais si ça
tarde trop, les intégristes et leur radicalisme auront pris toute la
place…
Il faut d’abord un assainissement politique, que les dirigeants du Mali
prennent leur courage à deux mains, qu’ils arrêtent les discours
démagogiques qui servent juste à instrumentaliser la population. Ils la
rassurent pour être élus au lieu de faire face aux vérités. Il est
question de conscience politique. »
D’un côté vous dites qu’il n’est pas trop tard pour retrouver de vraies valeurs, mais de l’autre vous vous montrez pessimiste ?
« Oui car il y a une confusion terrible… La démocratie c’est quoi ? La
liberté de s’exprimer et la conquête du pouvoir sans violence. Par les
arguments. Sauf que les intégristes en profitent aussi et qu’il faut
faire attention. Car au final, leur objectif est bien de tordre le cou à
la démocratie. »


