LYCÉE LÉON BLUM : Denis Pourawa à la rencontre d’élèves de bac pro
Date : Dimanche 25 janvier 2015 @ 14:45:00 :: Sujet : VIE LOCALE – Le Creusot
Cet article provient de Creusot Infos
Après avoir rencontré les élèves de seconde au CDI, Denis Pourawa a échangé avec les jeunes filles des classes de terminales esthétique et coiffure et seconde esthétique, en présence de leurs professeurs mesdames Bollery et Perceval.
Les lycéennes avaient préparé des questions auxquelles leur invité a répondu d’une manière extrêmement personnelle et …poétique…
Denis Pourawa au fil des mots…
La France…
« Je suis venu en France pour créer je suis constamment dans la
créativité. En Nouvelle Calédonie les rapports de force et les conflits
sont quotidiens. La France demeure un pays de liberté. Par exemple à
l’école nous étions séparés selon nos ethnies. Mes amis et moi on se
débrouillait comme on pouvait , longtemps les kanaks ne pouvaient pas
passer le bac. J’ai eu une adolescence blessée, comme enlevé dans mon
propre pays. A 17 ans, je me suis créé mon propre monde je me suis auto
protégé de la société. Ce séjour en France est un moment fort ou je peux
rencontrer des tas de gens de tous âges, de toutes opinions. »
La poésie….
« La poésie me permet d’aller à la rencontre des autres au delà des
conditionnements de la politique, du contexte socio-culturel. Par la
poésie je suis libre d’exprimer ce en quoi je crois. La musique est un
art qui me permet également de voir les choses autrement. J’apprécie
toutes les musiques, du rap au classique. Je transcris souvent dans ma
poésie ce que j’ai ressenti en écoutant la musique. Je me rends compte
en écrivant que le monde n’est pas à mon image, ma page est un pays
d’adoption qui existe par rapport aux autres pour aller vers les
autres…»
La nature…
« En Nouvelle Calédonie particulièrement on détruit la nature pour
extraire le nickel qui part en France, en Corée, en Chine. Nous
possédons un lagon qui est classé au patrimoine de l’UNESCO, pourtant
des usines y déversent leurs déchets. La Nouvelle Calédonie est entrée
dans une phase de pollution active. Sans la nature on ne respire pas.
J’essaie de faire passer le message à travers mes mots. »
Aimé Césaire…
« J’ai fait l’effort d’aller à sa rencontre à travers ses recueils ,
j’avais besoin de confronter ma pensée à la sienne, une bouffée
d’oxygène. Mais j’ai découvert également Rousseau, Descartes, Molière…
des pierres sur mon chemin. »
La culture kanak.
« La culture Kanak c’est faire attention à l’autre et j’ai eu la chance
de vivre ça dans ma famille. Chaque fois qu’il y a un évènement
important, une première visite, on apporte cadeaux, aliments. L’hôte
montre sa joie de les recevoir, c’est un moment fort. Lorsque je suis
venu à votre rencontre j’ai demandé à la Bourgogne la permission de
fouler son sol et de venir m’y exprimer, parce que je ne suis pas chez
moi et je me dois de la respecter. »
La situation en Nouvelle Calédonie.
« Les questions politiques ne m’intéressent pas . Ce qui m’interpelle
c’est ce que l’on donne et ce que l’on reçoit. Je rêve que la Nouvelle
Calédonie se forge un destin unitaire porté par la république française.
Le peuple Kanak est le seul peuple reconnu dans la constitution. On n’y
mentionne pas les Bourguignons, les Basques, les Alsaciens. La Nouvelle
Calédonie est un POM, un pays d’outre-mer qui au départ, il y a fort
longtemps avait accueilli les Français. Il y règne de réelles valeurs
d’accueil. »
Les évènements récents …l’après
« Si l’on veut changer quelque chose en France il faut d’abord se
changer soit même, en faire l’effort. A nous de nous donner les moyens,
de chercher le chemin qui mènera à la paix. On ne peut rien imposer.
On a le droit et le besoin de critiquer. Maintenant il faut faire
l’effort de rayonner, d’avancer, de ne pas baisser les bras. Chacun
doit apporter sa contribution. Vous, futures coiffeuses et
esthéticiennes vous êtes là pour apporter de la beauté, le monde a
besoin de beauté et chacun doit l’apporter à sa façon »
Et le poète de conclure « J’aimerais écrire plus sur l’amour, sur les
femmes, mais mon pays, le monde sont violents. Dès que l’un de mes
livres, de mes poèmes est édité, il ne m’appartient plus, je le donne
aux lecteurs. »
MHM



