Rencontre avec Daph NOBODY

Les classes de  1 CAP coiffure et Terminale  Bac Pro Esthétique ont rencontré l’écrivain belge  Daph Nobody, auteur de Blood Bar et L’enfant nucléaire au lycée Léon Blum le vendredi 12 octobre 2012.

Une rencontre chaleureuse et très intéressante. Merci à l’auteur pour sa disponibilité, sa simplicité et son regard sur la littérature et le monde. Plusieurs sujets tels que identité, rejet, fantastique ont été abordés. Ces échanges sont toujours riches et permettent à nos élèves un autre regard sur le monde et sur soi.
Cette rencontre a été prolongée par le Salon du livre qui a été une autre occasion de rencontrer des personnes passionnées de tout horizon. Il est toujours fécond de découvrir les initiatives de chacun pour solliciter le goût d’écrire, le plaisir de lire ou simplement l’écoute de l’Autre. F.P

Réponse de Daph NOBODY

Ce fut un réel plaisir de participer à cette rencontre littéraire mais aussi humaine. Je ne le voyais pas comme une conférence ex cathedra mais comme un moment d’échange, de questionnement collectif sur le monde qui nous entoure et sur le mal (les maux) qui le ronge(nt). J’ai été très touché par votre accueil chaleureux, par votre attention et votre intérêt à toutes et à tous, professeurs et élèves. Que vous ayez pris part à la discussion était pour moi fondamental. Au fil des questions et des réponses, beaucoup de choses ont éclos dans ma réflexion, et certains sujets abordés spontanément lors de cette rencontre, que je n’avais pas spécialement abordés auparavant, trouveront certainement un écho dans mes futurs romans. La littérature se conçoit comme des entrelacs de questions et réponses, où le lecteur a sans doute autant à dire que l’auteur. Il n’y a pas de chaire dans l’art : c’est bien au contraire un dialogue. Un livre, c’est une conversation entre deux individus autour d’une table de café. J’espère que nous aurons encore l’occasion de nous retrouver à l’avenir, autour d’autres événements littéraires. N’hésitez pas à me faire part de vos critiques et suggestions. J’espère pouvoir vous enrichir autant que vous m’enrichissez. De tout cœur, merci. Amitiés sincères. Daph Nobody, 16 octobre 2012

Commentaire d’Elodie :
Cette rencontre a été sympathique, il a été intéressant de voir la personnalité de l’auteur. Il semble vivre dans un monde à part et se fiche de ce qui va bien. Il s’intéresse au contraire à tout ce qui va mal, pour pouvoir y faire quelque chose.
Je ne voudrais pas vivre dans un monde comme le sien mais des personnes différentes il en faut; et je trouve d’ailleurs positif qu’il s’intéresse à la différence.
Sur le plan littéraire, je ne suis pas particulièrement attirée par le fantastique, la science-fiction mais plus par les faits réels.

Réponse de Daph NOBODY : Je vous comprends, lorsque vous dites « je n’aimerais pas vivre dans un monde comme le sien ». A cela, je répondrais que moi non plus je n’aimerais pas vivre dans un monde comme le mien. Malheureusement j’y suis, et nous y sommes toutes et tous, car c’est le monde qu’on nous a imposé, avec ses injustices et ses violences si inutiles et ravageuses. Je pense que nous devrions tous combattre les failles de notre monde, mais tout en parvenant à conserver la faculté de regarder et de percevoir ce qui est beau. Car à côté de toutes ces horreurs politiques, religieuses, économiques, sociales, éthiques… il y a de très belles choses qui existent, spécialement à l’échelle individuelle. Si je considère que l’humanité est un échec (comme l’a si bien écrit un auteur dont le nom m’échappe : l’humanité est un génial échec), il y a beaucoup d’individus qui, en soi, sont des réussites sur le plan humain. Ce sont ces femmes et ces hommes qu’il faut soutenir, c’est d’eux dont il faut s’inspirer. Là où je vous rejoins, c’est qu’il ne faut pas passer sa vie à ne s’intéresser qu’à ce qui va mal, sinon on vire dans la pathologie. Ce qui ne va pas n’a d’intérêt que parce qu’il faut le résoudre, alors que ce qui va reste l’essentiel et permet de vivre et de construire. Il faut s’entourer de belles choses, de belles personnes, s’armer de belles valeurs, de respect et d’amour, et rejeter tout ce qui porte au clanisme et aux schismes au sein de la population humaine, qui n’est qu’une. Là où je vous rejoins une fois de plus, c’est que moi aussi je (ne) m’intéresse (qu’) aux faits réels. Merci de votre réaction, elle m’a interpellé.

Je tiens à vous remercier une fois encore pour cette rencontre et pour toutes vos réactions, que je suis de près… elles me touchent beaucoup. Comme je le disais, c’est quand je me trouve face à vous, étudiants, professeurs, lecteurs… que le fait d’écrire des livres prend un sens. Écrire en soi n’est pas une finalité, mais un moyen. La finalité, c’est la transmission de l’écrit, et l’explicitation orale éventuelle de ce que l’écrit signifie. On écrit pour soi, c’est certain, mais on écrit aussi pour les autres. De la même manière que l’on peut se parler à soi-même devant le miroir… mais cela ne remplacera jamais une conversation avec autrui. Les deux dialogues sont intéressants en ce qu’ils peuvent amener comme révélations et prises de conscience… Les interlocuteurs ont, donc, autant d’importance que soi-même dans le processus artistique (parce que lorsqu’on écrit, on pense toujours à des gens que l’on connaît, et l’on se dit : « ah ! ça, ça le fera rire » « ah ! ça, ça le fera réfléchir », et ainsi de suite… voire on s’inspire de gens que l’on a connus pour développer une scène ou un sujet). C’est un partage, un dialogue. Je dois aussi avouer que lorsqu’on se trouve devant un auditoire aussi réceptif que le vôtre, c’est un réel plaisir de s’exprimer. Vos questions étaient pertinentes, et m’ont fait moi-même beaucoup réfléchir par rapport à ce que j’écrivais. C’est pour cela que je dis toujours qu’un jour peut-être j’écrirai des choses aux antipodes de ce que j’écris pour l’instant. Non pas parce que je me serai adapté au public, mais parce qu’il m’aura fait découvrir d’autres perspectives, prendre conscience d’autres réalités que celles que je décris pour l’instant, tout aussi riches. Si un auteur peut ouvrir des portes chez un lecteur, c’est aussi vrai pour l’inverse. Je suis très critique vis-à-vis des auteurs qui ne sont pas à l’écoute de leur public, ni à l’écoute d’eux-mêmes d’ailleurs, mais qui se contentent de la facilité en reproduisant une recette à succès, car rien n’est pire que quelqu’un qui n’évolue plus, qui s’arrête à ce qu’il ou à ce qu’on a fait de lui. Amitiés sincères. Daph Nobody



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