Ils ne se voyaient que dans la cage d’escalier. Au moins une fois par jour. Le plus souvent, deux.
Le matin, il sortait sur le palier pour saisir son exemplaire du Devoir et il entendait sa voix mielleuse – celle qu’elle ne destinait qu’à son sale cabot, un vieux chihuahua borgne qui sentait la viande un peu trop faisandée.
– Viens-t-en, mon Totoche, monte les marches, c’est ça. Beau ti-chien.
Il recevait l’odeur du chien bien avant de les apercevoir, tous deux peinant également sur les marches étroites. Bon sang, qu’il puait. Vraiment. Une charogne. Dès qu’ils arrivaient à portée de truffe, la bête avisait de son œil unique l’homme penché sur le paillasson et partait la machine. Il lançait d’abord un long grognement sourd, qu’on eût dit venir bien plus du ventre d’un monstre de film japonais que de celui d’un chihuahua. Il fallait avouer tout de même qu’il avait du coffre, ce cabot. Puis arborant un rictus ridicule, mais dont le but était d’effrayer son ennemi, il se mettait à aboyer avec une haine convaincue.
Le lendemain, ne supportant plus ce sale chien, il mit au point un plan pour l’exterminer. Le soir même, surveillant la voisine, naïvement, depuis sa porte, il attendit qu’elle aille chercher son courrier pour pénétrer dans son appartement. Le moment venu, il courut chez Madame Cabotte, ouvrit la première porte, et, dans sa foulée, se heurta violemment contre la baie vitrée. Le chien, réveillé par surprise, redressa la tête, vit l’homme allongé par terre et fit son rictus ridicule.
A moitié assommé, monsieur Henri rampa péniblement jusqu’à son appartement, observé par Mme Cabotte qui se demandait bien ce qui lui était arrivé. Déçu de son échec de la veille, il décida de refaire une tentative…
Le matin suivant, quand la vieille Cabotte sortit ses poubelles, il en profita pour retourner dans l’appartement, vérifia que personne ne le voit, et pénétra dans la pièce.
Entendant, la vieille remonter, Monsieur Henri se précipita et glissa sur ce chihuahua horriblement laid et puant. Celui-ci poussa un aboiement effroyable qui résonna dans tout l’immeuble et jusque dans les oreilles de sa vieille maîtresse.
Elle hurla : « MAIS QU’EST-CE QUI T’ARRIVE MON PETIT TOTOCHE ! MAMAN REVIENT ! »
Choisissez la fin…
Texte 1.
Décidément, sa tentative d’exterminer le chihuahua féroce avait encore échoué. Mais, avant de glisser sur le cabot, il avait accidentellement fait tomber sur le tapis la vieille lampe à huile de Mme Cabotte qui prit aussitôt feu. Le chihuaha, effrayé, sortit de l’appartement avec la queue en feu et dévala les escaliers pour retrouver sa maîtresse.
Madame Cabotte qui avait déjà rencontré son voisin redescendant précipitamment, le suspecta. Elle vit ensuite son Totoche adoré, l’arrière-train en feu qui courait vers elle. Elle cria de panique : « Au secours, aidez-moi ! Mon Totoche prend feu ! A l’aide »
M. Henri entendant sa vieille voisine prit un saut d’eau et le jeta sur ce maudit chihuahua. Mme Cabotte tomba dans les pommes et roula dans les escaliers voyant la queue de son Totoche brûler et qui, maintenant, puait le cochon grillé.
M. Henri, fier de son plan appela, malgré tout, une ambulance. Il n’eut pas le temps de décrocher le téléphone qu’il se réveilla en sursaut. Il se rendit compte que tout ceci n’était qu’un rêve. Il s’était endormi sur le palier : son journal en morceaux avec une crotte déposée dessus. Il repensa tout à coup à son rêve…
Texte 2.
Elle se dépêcha de remonter. A peine arrivée en haut des escaliers qu’elle glissa sur l’urine de son Totoche. Elle se cassa une jambe. N’arrivant pas à se relever, elle hurla à l’aide. M. Henri qui était chez lui, entendit les hurlements de la vieille. Il sortit et aperçut Mme Cabotte par terre au milieu des escaliers. Il appela les secours.
En partant pour les urgences, le chihuahua aboya longuement et sa maîtresse lui dit : »Ne t’inquiète pas mon Totoche, Maman va se soigner. »
M. Henri devait garder cette horreur jusqu’au retour de sa vieille maîtresse. Deux jours après, en allant promener Totoche, il passa devant l’appartement de Mme Cabotte où il aperçut des déménageurs. Le chien poussa un énorme cri et se dirigea vers eux. Monsieur Henri demanda à ces hommes ce qu’ils faisaient. L’hôpital où se trouvait Mme Cabotte a pris la décision de la placer en maison de retraite.
M. Henri va désormais devoir vivre avec Totoche malgré leurs débuts difficiles. Après un bon shampoing, ils deviendront amis et rendront visite à Mme Cabotte toutes les semaines. M. Henri s’occupa du chihuahua mieux que personne et fit de Totoche un magnifique chien.
Texte 3.
La vieille madame Cabotte courut, affolée pour retrouver son chien dans un état pitoyable. Une fois arrivée à l’appartement, elle vit son pauvre petit Totoche, pendu par son collier au porte-manteaux derrière la porte d’entrée. Un chapeau avait été écrasé sur sa tête.
Elle se précipita pour l’enlever du porte-manteaux et lui fit du bouche à bouche. Mais elle ne réussit pas à le réanimer : le cabot puant était mort. La vieille Cabotte était désemparée, pleurant toutes les larmes de son corps.
A quelques jours de Noël, M. Henri, qui ne voulait pas laisser cette vieille dame seule, l’invita à passer les fêtes à ses côtés. Le jour venu, impossible pour lui de lui redonner de la joie de vivre. M. Henri lui avoua qu’il aimait Totoche malgré sa puanteur, son haleine de chacal et ses poils tout sales. La vieille dame touchée par ses paroles, l’invita souvent au point de construire une belle histoire d’amour.