
Deux adolescents d’origine vietnamienne et, entre eux, comme un
obstacle à l’amour, la douloureuse absence dont le pays perdu est la
mémoire.
Née française de parents vietnamiens, élevée et protégée comme une fille
unique, Lam est devenue une adolescente effacée et studieuse, aimant
s’évader par la lecture. A l’occasion d’un séjour linguistique, elle se
lie avec Nam, jeune Vietnamien récemment arrivé en France. Il est beau,
indépendant, aussi assuré qu’elle se sent insignifiante. Et il vient de
ce pays qu’elle ne connaît qu’allusivement, par quelques contes qu’elle
tient de sa grand-mère et partage avec lui – telle l’histoire du vain
amour qu’un modeste pêcheur vouait à la princesse – ou par quelques noms
de parents morts dont la famille honore la mémoire sur l’autel des
ancêtres.
Entre Lam et Nam, ce devrait être une liaison amoureuse. Mais il l’aime et la respecte comme sa petite sœur…
Cette année-là, elle fait son premier voyage en famille au Vietnam – au
cours duquel affleure enfin le non-dit : la guerre civile, l’emprise
totalitaire, les crimes, les souffrances des uns et des autres, le fossé
entre ceux qui sont restés sur place (rebelles ou dociles) et ceux qui
ont choisi la fuite. Comme ses parents ou sa grand-mère. Et bien plus
récemment, se dit-elle, comme Nam, qui a fui en bateau avec son grand
frère – laissant ses proches à la merci des persécutions.
A mesure même qu’elle devine ou entrevoit ce que le jeune homme a pu
vivre, et tandis qu’en elle grandit l’attente d’être aimée, par ses
silences, ses ellipses et ses disparitions, il la laisse en lisière de
ses secrets, dans la poignante mélancolie de ce qui ne peut entre eux
advenir. Un dernier tête-à-tête scellera l’impossibilité amoureuse.