Cette auteur haïtienne, docteur es Lettres a su peindre dans ce roman le visage d’un esclavage plus méconnu : un esclavage sexuel pervers et dissimulé. Un négrier : Legrand Pisquette pense être le maître de la vie de chacun, le droit de cuissage lui semble être évidemment un droit naturel ; espionner sa fille avec cette fille noire aussi.
On pourrait penser qu’il s’agit d’un roman de gare, vaguement érotique, en réalité la langue y est sublime, les références littéraires, notamment du XVIIIème, subtiles et pertinentes. C’est un livre qui érige la dignité comme un principe fondamental. Elvire Maurouard cultive comme Sade une certaine ambiguïté : décrire pour dénoncer, faire naître le plaisir pour mieux relever l’ignominie. Le lecteur est confronté à un dépaysement spatio-temporel troublant. Il est tenu par un rythme soutenu, embarqué par des destins denses. C’est juste un grand livre.
