
Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa, clandestins partis pour
l’Europe, ne comptaient plus leurs printemps ; chacune était la
sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui
tenait la demeure sur les galeries creusées par l’absence. Coumba et
Daba, jeunes épouses des deux émigrés, humaient leurs premières roses :
assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles s’étaient lancées,
sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de
croix.
La vie n’attend pas les absents : les amours varient, les secrets de
famille affleurent, les petites et les grandes trahisons alimentent la
chronique sociale et déterminent la nature des retrouvailles. Le visage
qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait…
De tous les livres lus cet été, c’est un de mes préférés. Son écriture pleine de délicatesse et de poésie m’a entraînée dans l’Afrique Noire et sa civilisation, si particulière à mes yeux.
C’est un très beau roman qui donne différents points de vue sur l’Europe et sa politique d’immigration, le quotidien des clandestins et l’Afrique. Le roman nous fait vivre le quotidien du village avec son code puis avec le retour de Lamine qui avait émigré en Espagne, un regard plus critique est porté sur certaines traditions qui aggravent la vie des populations.
Mais l’essentiel de ce livre reste la place faite aux femmes. Les femmes de ce roman sont à la fois dominantes et dominées, actrices de leur destin et soumises à la société qui les entoure. Que ce soit Daba, la jeune mariée sans époux, Bougna qui tente d’organiser sa vie et celle des autres… Coumba, amoureuse trahie, ou Arame qui se sent si seule au milieu de ses ennuis, toutes sont aussi attachantes et montrent à la fois les faiblesses de la femme africaine et la force de celles qui ne se laissent jamais submerger par les problèmes, de celles qui doivent faire vivre leur famille au quotidien, quelque soit leur situation.
Un roman à lire sans aucune retenue… C.B.